A day, from the other day, ripping myself out of the house, to take advantage of the weather. All leaves born from spring, a spring that would be labelled as 2023, performing asmr audio under my feet, augmenting my experience of walking. Soon, they will cover all things on the ground that need coverage for the winter. Blanket. Carpet! Then it will blend into the soil and ferment to help wake up life underneath in spring again. Always becoming. But always the same. Who eats who, what turns into what, one day, we will all become everything else. Everything that doesn’t love each other will also merge with what loves each other. We will all merge. And nothing will matter.
My aunt the other day told me not to ever change, to be myself and I will get to 92 years old just like her, after me complaining about myself because I had mixed up dates and numbers, again… even in mistakes, she told me not to change. To stay and be myself.
Myself has never heard such loving, reassuring words in my life. Words can be antidote to existential crisis. Remember that next time you are presented with an opportunity to sooth someone.
Dialing existential crisis down, even a little makes the whole difference.
And also horse kisses and doing your grocery in nature. Thank you Earthwise for being family and teacher to me. Learning to love better, purer because of you.
Lumineh, Agenda 2024
This creature became more prominently friendly to me. I’ve learned some of her story I would like to share. More will come as we spend time together for sure.
She was born as a deer. Every year in October, hunters would take down a few of their members. They would hear the shots, till they couldn’t.
One year her father was gone. The next her mother. That happened really close to her. The shot spooked her into the forest, across the hills, rivers until she reached another thick forest with a different climate. She was lost by the time she stopped running.
She spent days and nights alone. Eventually you could notice some changes with her. The cold nights made her coat thicker than a usual dear. Running so fast, her hooves had become rounder with five cushions underneath with five claws for each, because she has been digging little caves for her to sleep and hide in.
She also grew enormously big ears so she could hear anything that approaches her at any time, even when she sleeps. She might also have developed them to want to hear any of her dear members. She deeply wanted to find others, till one day she even forgot about that. She couldn’t remember no longer because she had changed so much. She was a different being. She didn’t inhabit the same mind anymore.
Although having a body identical to a deer, she also developed fangs. But that’s for another time.
Lumineh,2024 Denmark
Lumineh on action, 2020
It is an epic poetry from ink to the point, with her naturalness in combining life and art, a shaman dance that she displays with the elegance of her lines, the dark melancholy leaks into the paper.
Steps of Silence
In her compositions, which she sometimes works on large scales, the artist invites us to an enchanted forest. Despite her very simple technique, the mystery is everywhere for the watchful eye. In her paintings, it is possible to come across a fox hiding in the bushes at any moment, a snail hovering over mushrooms in a different dimension, and a skull accompanying the wings of a huge butterfly among mysterious plants. In Sübiler’s paintings, time loses its classical meaning and exhibits a ‘Singularity’ that goes back to antiquity along with the place it belongs to. In this endless struggle of black and white magical powers, animals guide us; sometimes this is hidden in the silence of an owl, and sometimes in the gaze of a dog. If we know how to listen, we will see them talking to us.
Mine Sübiler’s art tells us a lot as a visionary among the masses who are dying under the yoke of techno-industrial culture and digital-fascism, which have made their presence felt in social life with the new world order.
Live painting action by Lumineh that happened in Berlin.
Lumineh ‘Owl and the protector’ 2021
Kimi zaman büyük boyutlarda çalıştığı kompozisyonlarında sanatçı bizleri esrarengiz, büyülü bir ormana davet eder, çalışmalarını son derece sade bir teknikle işlemesine rağmen, dikkatli gözler için gizem her yerdedir. Onun resimlerinde her an çalılıkların arasına saklanmış bir tilkiye, mantarların üzerinde farklı bir boyutta gezinen bir salyangoza, egzotik bitkilerin arasında bir kelebeğin kanat seslerine eşlik eden bir kafatasına rastlamak mümkündür. Sübiler’in resimlerinde zaman klasik anlamını yitirir ve ait olduğu mekanla birlikte antik çağlara temas eden bir ‘Singularity’ sergiler. Ak ve kara majik güçlerin mücadelesinde hayvanlar bize yol gösterirler; bu kimi zaman bir baykuşun sessizliğinde, kimi zaman ise bir köpeğin bakışlarında gizlidir. Eğer dinlemeyi bilirsek bizimle konuştuklarını görürüz.
Hayatı ve sanatı birleştirme konusundaki doğallığı, içine çekildiği melankoliden kağıda sızanlar, çizgilerindeki zerafet ve sergilediği şaman dansıyla mürekkepten noktasına epik bir sanatçı Mine.
Yeni dünya düzeniyle birlikte toplumsal hayatımızda varlığını iyicene hissettiren tekno-endüstriyel kültürün ve dijital-faşizmin boyundurunda can çekişen yığınların arasında bir ileri görüşlü olarak Mine Sübiler’in sanatı bizlere çok şey söylüyor.
« Briser le mur de la mort. Pourquoi pas ! Incroyable que nous considérions la mort comme une fin inéluctable, alors que nous sommes incapables de comprendre ce qu’est la vie et la réalité.»
Si l’on devait réaliser un panorama du milieu underground parisien depuis les années 1980, il serait impossible de ne pas évoquer Captain Cavern, l’un des artistes les plus actifs et les plus polyvalents de ces dernières décennies.
Cet entretien est le fruit d’une rencontre, motivée par de nombreux témoignages d’autres artistes, eux-mêmes marqués par l’oeuvre de Captain Cavern. Depuis longtemps intriguée par l’univers de cet artiste hors normes, j’ai découvert ses multiples facettes lors de cette interview qui, comme tout son art, m’a fait voyager dans les profondeurs les plus enfouies de notre conscience. En naviguant entre sa musique et sa peinture, en passant par ses dessins, les graphzines et les journaux qu’il a créés au fil des années, ainsi que ses aventures des années punk, j’ai tenté de dresser le portrait d’un artiste surprenant, à la fois par son érudition et par le regard insolite qu’il porte sur le monde qui nous entoure.
Au travers de ses idées et de ses concepts étonnants, Captain Cavern nous fait explorer des dimensions qui appellent à notre imagination. Un univers dont l’accès se dissimule au coeur de ses images, dans un grand vertige kaléidoscopique.
*Cet article d’interview entre Alla Chernetska et Captain Cavern a été publié pour la première fois sur La Spirale.org. Comme nous aimons beaucoup l’artiste et trouvons la conversation très précieuse, nous voulions l’inclure dans nos pages en tant que webzine löpçük.
Captain Cavern ‘Peinture’
Tu prends le pseudonyme de « Captain Cavern » en 1985 dans le cadre de ta participation à l’affichage sauvage organisé par les Frères Ripoulin qui regroupait près de 45 artistes sur des panneaux publicitaires de 4×3 mètres dans le quartier de l’Opéra. Pourquoi « Captain Cavern » ?
Le chanteur de mon groupe Der Pim Pam Poum, dans lequel je jouais du saxophone, me dit un jour : « Tiens, il y a quelqu’un qui fait un fanzine, Blank, qui cherche des dessinateurs ». On est allés au rendez-vous et il nous prend, mon copain et moi, tous les deux, sous le nom Der Pim Pam Poum. C’était en 1983. Mais le groupe a splitté début 1984 et je me suis dit que je ne pouvais plus signer Der Pim Pam Poum. J’ai cherché un autre pseudo. Le premier était « Duck Sonic », le « Canard Sonique », qui est une allusion aux « canards » en musique. C’est à dire une fausse note, un couac, avec un saxophone, par exemple. Mais il y avait déjà un musicien qui s’appelait Dominique Sonic, je me suis dit que je ne pouvais pas le garder non plus. Après c’était « Pic, pic, pic », mais j’ai découvert très vite qu’il y avait des nommés Pic et Zou qui avaient fait un album chez Futuropolis. Ensuite j’ai décidé de signer « Le Grand Sympathique », qui est un nerf du système nerveux sympathique, mais personne n’a rien compris la plaisanterie, ça n’a fait rire personne.
À cette époque, Captain Cavern, un dessin animé américain de Hanna et Barbera, passait le samedi après-midi sur TF1 avant l’émission rock Megahertz animée par Alain Maneval (c’est lui qui a fait la première émission punk à la radio, qui s’appelait Pogo sur Europe 1, en 1977). Le pseudonyme « Captain Cavern » était un gag au départ, mais au-delà, ça me rappelait une vision que j’avais eue en improvisant au saxophone avec deux amis guitaristes, quelques années auparavant. J’avais l’impression de piloter un bateau sur une rivière souterraine. Si j’ai choisi ce pseudonyme, c’est sans doute à cause d’une réminiscence inconsciente de cet évènement. Le rapport avec Charon, le batelier du Styx qui conduit les morts aux Enfers dans la mythologie grecque, est venu après.
Captain Cavern
Entre le gag, la mort et le dessin animé, au-delà de la référence au batelier du Styx, que symbolise ce pseudo pour toi ?
C’est aussi une allusion à Orphée qui représente la quintessence du poète. Quand il chantait en s’accompagnant de sa lyre, Orphée exerçait une force si puissante qu’il enchantait le monde. Il charmait les hommes, les animaux, les arbres et les rochers, les dieux et les monstres. Même les poissons sortaient de l’eau pour l’écouter. Il suivra Eurydice dans le monde souterrain et, malgré la force de sa poésie, il ne pourra la sauver car il a imprudemment rompu la promesse de ne pas se retourner avant la sortie des Enfers. Le film Orphée de Jean Cocteau, sorti en 1950, fut le plus important vecteur de ce mythe pour moi. Il a une force divine. C’est la poésie incarnée.
Hermès est aussi une référence fondamentale. Outre qu’il est le dieu des voyageurs et des voleurs, c’est le psychopompe, conducteur des âmes des morts dans l’autre monde. L’hymne orphique consacré à l’Hermès souterrain, chthonien, le qualifie de « Maître des morts ». Je précise que, dans l’exposition L’Extraordinaire révélation de la mort hallucinante que j’ai faite avec Jacques Pyon en 1990, j’ai fait une toile qui s’appelait Les Maîtres de la mort sans savoir qu’Hermès était nommé ainsi.
Captain Cavern ‘Peinture’ 2020
Captain Cavern ‘Peinture’
Captain Cavern ‘Peinture’
« Les monstres du cerveau. L’idée de cette histoire était que tous les monstres que l’on imagine sont fictifs, que c’est une illusion générée par un vortex multicolore.»
Peux-tu nous raconter quand tu as fait tes premiers dessins ?
Je dessinais tout le temps, mais personne ne s’intéressait à ce que je faisais. Dès l’âge de dix-sept ans, j’ai commencé à montrer mes dessins, tout d’abord dans les conventions de bande dessinée, puis aux éditions Opta qui publiaient les revues Fiction et Galaxie. En 1976, j’ai fait une sorte d’album sur un cahier de dessins qui était un mélange de bandes dessinées et de dessins pleine page au stylo-bille, à l’encre de chine et aux crayons de couleurs. Quand, en 1977, je suis allé à Métal hurlant, Philippe Manœuvre, qui en était alors le rédacteur en chef, m’a reçu, et il semblait intéressé par cet album. Mais j’ai eu le malheur de lui montrer un autre projet en noir et blanc et là il m’a complètement démoli. À cette époque, j’ai téléphoné au groupe Bazooka – qui a eu une influence fondamentale pour moi – dont j’avais trouvé le numéro de téléphone dans une de leurs premières publications, mais ils ne recevaient personne.
En 1981, après une longue interruption, j’ai réalisé un nouveau projet, une série d’environ cent cinquante dessins, en couleur, au pastel et à l’encre de chine de 10×15 cm, que j’ai insérés dans des albums photos du même format. Le titre : Les monstres du cerveau. L’idée de cette histoire était que tous les monstres que l’on imagine sont fictifs, que c’est une illusion générée par un vortex multicolore. Et l’idée, c’était de faire un diaporama immersif qui serait projeté derrière des musiciens. Mais je n’ai jamais pu réaliser cette idée d’immersion totale dans l’image. Au départ, j’avais fait une bande-son tout seul, sur un mini K7 à une piste, au saxophone ou avec une guitare, instrument dont je ne sais pas jouer. C’était une musique brute. L’année suivante, j’ai trouvé des musiciens et un chanteur pour réaliser mon projet. Je ne voulais pas vraiment faire un groupe, mais pourtant c’est comme ça qu’est né « Der Pim Pam Poum ».
Comme je l’ai dit plus haut, c’est par l’intermédiaire de Pim Pam Poum que j’ai publié mes premiers dessins en 1983 dans le graphzine Blank qui réunissait principalement des élèves des Arts Déco. J’ai eu envie de les rejoindre parce que Placid et Muzo, dont j’avais entendu parler dans un article de Métal hurlant, y participaient. Il me semble qu’ils étaient présentés par Elles sont de sortie, le zine de Bruno Richard et Pascal Doury que je connaissais de longue date. Certains des artistes de Blank, comme Pierre Huyghe, Claude Closky, Xavier Veilhan, sont devenus des célébrités de l’art contemporain. Avant, je n’intéressais personne, mais eux, ils ont complètement flashé sur moi. Et quand j’ai rencontré Placid, en 1985, il m’a fait connaître Daniel Mallerin. Et Mallerin m’a pris en charge.
Captain Cavern ‘Peinture’
« L’image est mon véhicule, mes peintures sont des moyens de transport pour atteindre mon monde.»
À 19 ans, tu inventes le concept de « l’art inefficace », tu peux expliquer ce concept ?
C’était l’idée d’un art qui se débarrasserait de la séduction, de la notion de beauté, d’harmonie. Un art qui ne chercherait pas à attirer l’attention ni appâter. C’est comme une sorte de langage inutile qui ne chercherait pas à exprimer quelque chose. Il ne sert à rien. Il est sans but, sans sujet, sans objet. Rien à voir avec le savoir-faire et le faire-savoir. Il existe comme ça, sans rien demander à personne. S’il a un sens, ce sens ne sera pas recherché. Sa force apparaîtra d’elle-même sans justification. Le sens apparaîtra de lui-même s’il existe, un sens qui nous dépasse, qui appartient à une nécessité qui nous échappe et qui pourtant est en nous, mais que nous ne comprenons pas. Dans ce concept d’« art inefficace », il y avait aussi l’idée d’espaces interstitiels. C’était un avant-goût de l’exposition Chasse scientifique.
Captain Cavern ‘Peinture’
« Quand le sens a disparu, la forme et la couleur prennent un pouvoir tout autre. Les images vous donnent le vertige. »
Dans ton texte pour l’exposition Chasse scientifique qui date de 1991, tu dis que tu cherches des images cachées dans la réalité qui nous entoure : papier peint, motifs répétitifs ou bien dans un état de sommeil.
C’est très important. J’essayais de traquer les images dans l’image, qui nous échappent et l’envahissent à notre insu. C’était une chasse aux fantômes. C’est proche de l’expérience psychédélique où l’univers quotidien est soudain métamorphosé, habité par une « inquiétante étrangeté ». Ces espaces interstitiels qui peuplent les images me font penser aux dessins des tapis de style Persan qui représentent des formes hypnotiques colorées faisant divaguer l’imagination. Il y a aussi Jeu, une nouvelle de Roald Dahl qui raconte l’histoire d’un enfant qui joue sur un tapis. Il regarde le tapis et y voit des serpents, une jungle, une rivière noire. Et il se noie dans le tapis, il est englouti par le tapis, parce que les images sont vivantes.
Mais pourquoi Chasse scientifique ?
Scientifique, parce que c’est systématique et mathématique, c’est comme un processus, comme de construire une machine pour chasser les visions souterraines.
Pour les attraper ?
Oui, voilà. C’est ça, l’idée, c’est d’attraper les images cachées comme dans les devinettes de notre enfance.
Captain Cavern ‘Peinture’
Souvent tes dessins, peintures sont faits en vortex, les mouvements de lignes brouillent la conscience, mais aussi le titre de ton exposition, Vertige, évoque la perte des repères, comme si tu créais un univers transcendantal parallèle qui nous engloutit. Dans ton texte pour cette exposition, tu dis: « Quand le sens a disparu, la forme et la couleur prennent un pouvoir tout autre. Les images vous donnent le vertige. »
Mon premier souvenir de lecture, c’est Le Magicien d’Oz, dans la Bibliothèque Rose. Ce livre m’a tellement impressionné que je l’ai relu immédiatement après l’avoir terminé. Il raconte l’histoire de Dorothée, une petite fille dont la maison, prise dans le vortex d’un cyclone, est transportée au merveilleux pays d’Oz. Pour retourner dans son pays, elle doit trouver le magicien d’Oz qui gouverne la cité d’émeraude. Mais le magicien est un escroc. Tout était donc déjà là, le vortex, le merveilleux et l’escroquerie ! Mais surtout le vortex. Il s’est probablement ancré si profondément dans mon inconscient qu’il a resurgi avec toute sa force dévastatrice dans mon imaginaire au fil des années. Quand j’avais une dizaine d’années, j’ai fait une chute dans la cour de récréation de l’école en courant. D’un seul coup, la réalité s’est désintégrée.
Il m’est arrivé aussi, bien plus tard, d’être avec des amis et, sans avoir pris de substance particulière, d’un seul coup, ne plus les reconnaître, comme si leur identité s’était désintégrée. De ces expériences est né Vertige. Vertige, ça a été tout d’abord un livre, puis j’ai donné le même titre à une exposition et ensuite à un journal qui a eu sept numéros. Un titre répété jusqu’au vertige ! J’ai même fait un article sur le générique du film d’Hitchcock, Vertigo, dans un des numéros du journal. Il faut noter que ce journal a eu trois numéros un. Tout d’abord Vertige du numéro 1 au numéro 5, puis Nouveau Vertige pour le numéro 6 et enfin Vertige international pour le 7. C’était pure fantaisie de ma part, pour augmenter l’effet vertigineux, labyrinthique de l’ensemble.
Il y a aussi cette citation de Kandinsky dans L’Art fantastique, de Marcel Brion, qui a provoqué en moi un grand vertige. Comme tu me parles de cette explosion de la réalité, je peux dire que c’est venu de là :
« La désintégration de l’atome fut dans mon âme comparable à la désintégration du monde entier. Les murs les plus épais s’effondrèrent soudain. Tout devint incertain, vacillant et peu substantiel. Je n’aurais pas été surpris si une pierre s’était dissoute dans l’air, devant moi, et était devenue invisible ».
Captain Cavern (image de l’exposition)
Captain Cavern ‘Ox et Hélène surfil pour le centenaire de Stanislas Lem’ Pologne en 2021
Captain Cavern (image de l’exposition)
Captain Cavern (image de l’exposition)
Ce vortex qui revient régulièrement dans tes œuvres est-il un geste déclencheur, une technique de l’hypnose qui nous entraine dans les profondeurs de notre conscience, un passage obligatoire pour accéder à ton univers… ?
Bien sûr. J’ai fait une histoire, Les Monstres du Spasmocolor, en 1988, qui était une sorte de rappel et de prolongement des Monstres du cerveau que j’avais fait en 1981, où c’est un professeur qui invente un moyen de traverser des réalités diverses au moyen d’un vortex. Ce professeur s’appelle « Microbius », ce n’est pas un hasard, c’est une allusion au monde microbien, ce qu’on retrouve dans Les Troglodytes attaquent, publié peu de temps après. D’ailleurs « vortex » et « vertige » sont des mots proches qui évoquent un tourbillon qui fait perdre pied ou transporte dans un autre monde. Donc un vortex, c’est un passage dans une autre dimension et c’est ça qui m’intéresse dans la Chasse scientifique, à la base, parce qu’après j’ai évolué. C’est un fait d’arriver à capturer en une seule image une multiplicité d’univers parallèles en même temps afin que l’image ne meure jamais, c’est-à-dire qu’elle soit, tout le temps, génératrice de mouvement et de voyage. Mais ma conception récente est que maintenant j’ai l’impression de fabriquer des machines avec, comme outils, mes pinceaux et la couleur, des engins mécaniques qui permettent de voyager à travers les univers. L’image est mon véhicule, mes peintures sont des moyens de transport pour atteindre mon monde.
Donc, c’est toi, Captain Cavern, qui, au travers de ces espaces multidimensionnels, transporte des gens dans une autre dimension ?
« Briser le mur de la mort ». Pourquoi pas ! Incroyable que nous considérions la mort comme une fin inéluctable, alors que nous sommes incapables de comprendre ce qu’est la vie et la réalité.
Justement, avec Jacques Pyon vous avez fait un projet en 1990 sur le Livre des morts tibétain.
J’avais lu le Livre des morts tibétain pendant un voyage au Mexique et, au retour, j’ai eu l’idée de cette exposition qui s’appelle L’extraordinaire révélation de la Mort Hallucinante. C’est l’idée que la mort n’existerait pas, serait une hallucination.
Dans ton texte publié pour l’expo Vertige de 1994, tu dis : « à travers ses dessins, sa peinture, l’artiste exprime son IDÉAL » et aussi que, pour toi, « les images sacrées sont : mer, montagne, poussins, comme symbole de la pureté immaculée ». Est-ce que cette pureté enfantine symbolise le regard vrai, non corrompu de la réalité, un idéal que l’adulte a du mal à atteindre à cause de nombreux calques qui brouillent la perception ?
Vers l’âge de 16 ans, j’ai fait un cauchemar. Au réveil, j’ai pensé qu’il fallait que je dessine ce qui me faisait peur. Ce fut un tournant décisif. C’est là que j’ai commencé à ouvrir des portes vers l’inconnu. J’ai découvert un moyen de résister contre la peur et de lutter contre les forces qui voudraient nous faire oublier la puissance du monde primitif. C’est dans cet univers effrayant de l’enfance que se cache le merveilleux qui enchante la vie. Dans ma jeunesse, j’ai été très impressionné par l’affiche du film Freaks de Tod Browning, qui venait de ressortir. C’était en 1969, j’avais 13 ans. J’ai vu le film longtemps après mais ça a été un choc énorme et j’ai fait des cauchemars pendant des années. Mais voir le monde à travers le prisme de la peur et de la monstruosité, c’est affronter la réalité cachée. C’est là qu’on découvre que le merveilleux est au aussi dans l’horreur.
Donc, avoir un regard plus pur sur la réalité ?
Complètement. Pur, filtré, comme si j’étais complètement aliéné. Et d’ailleurs, ce qui m’a beaucoup plu quand j’ai voyagé, c’était de ne pas comprendre la langue.
La musique t’a pas mal influencé ?
Je n’écoutais pas du tout de musique avant l’âge de 17 ans. Mais quand le film Graine de Violence est passé à la télé, j’ai eu une révélation. Rock around the Clock de Bill Haley and the Comets était la chanson du générique. Après, j’ai découvert Kraftwerk et Neu !, le Velvet Underground et Gene Vincent, le rockabilly, Captain Beefheart, le Free Jazz. Puis, plus tard, le punk (surtout la deuxième vague en 1981), les Cramps et le hardcore américain… Hendrix, les Beatles, les Doors, les Rolling Stones, pour moi c’était zéro. Mais j’étais désormais mordu. Pendant des années, j’allais très souvent aux concerts. Je voulais jouer de la musique. En 1975, j’ai acheté un saxophone et j’ai joué comme ça. Sans aucune formation. J’ai joué avec des amis, puis des groupes. Sporadiquement avec Atom Cristal, un groupe de musique électronique avec qui j’ai fait quelques concerts, puis, en 1979, j’ai participé au tout début du groupe Ici-Paris. Je n’y suis pas resté longtemps et je n’ai jamais fait de concert avec eux. Puis, en 1982, est né le groupe Der Pim Pam Poum. Ce n’est pas moi qui ai trouvé le nom, c’est le bassiste du groupe. Il m’a dit : « Comme tu es un fan de rock allemand, on n’a qu’à mettre ‘’Der’’ devant ».
En 1984, j’ai rencontré l’association Paris Bar Rock qui deviendra plus tard Les Barrocks et qui existe encore aujourd’hui. Elle a été créée par Rascal et son complice Ronan. Rascal, fondateur de Creepy Crawly, le fan club du groupe anglais psychobilly The Meteors, était le manager des Wampas, alors débutants. La particularité de Paris Bar Rock était, comme son nom l’indique, de faire des concerts dans les bars, ce qui n’existait pas en France à l’époque et qui d’ailleurs posait de nombreux problèmes de voisinage, les obligeant à souvent changer de lieu. On peut dire que c’est là qu’est née la scène alternative. Pour chaque concert, il y avait un programme photocopié sur une feuille A4 pliée en deux pour présenter les groupes. J’y ai beaucoup participé au début. Et j’ai aussi fait quelques affiches ou des décors pour des concerts. J’ai arrêté à la fin des années 1980.
J’imagine, les bandes-dessinées t’ont aussi inspiré…
La musique a beaucoup compté pour moi mais aussi, bien avant, la bande dessinée et le cinéma. Avant même d’avoir appris à lire, on m’achetait des bandes dessinées. On peut même dire que j’ai appris à lire avec les bandes dessinées. Je tournais les pages en regardant les images. C’est aussi avec les BD que j’ai appris à dessiner. Les BD que je lisais à l’époque étaient surtout des petits formats. Mon plus lointain souvenir remonte à Blek Le Roc. Il y en avait de tous les genres : western, guerre, comique, aventures, science-fiction. Ça a duré des années. Sur les marchés à l’époque, il y avait des bouquinistes chez qui on pouvait acheter des BD d’occasion et les échanger à moitié prix quand on les avait lues. J’en ai lu des quantités jusqu’à l’âge de dix, douze ans. Bien sûr, il y avait aussi le Journal de Mickey, Tintin. Tintin, l’hebdomadaire, parce que les albums étaient trop chers. J’ai tout de même réussi à lire tous les albums parce qu’on me les prêtait.
Mais il ne faut pas oublier le cinéma. J’y suis allé très jeune tout seul. Et puis, très jeune aussi, je suis allé à la cinémathèque. À treize ans, en 1969, j’étais abonné à L’Écran fantastique, qui était un fanzine à l’époque. De plus, la télé passait des quantités de classiques, ce qui a construit une solide culture cinématographique pour ma génération. Mon souvenir le plus marquant, c’est Psychose que j’ai vu à douze ans en prime time à la télé, ce qui serait complètement inconcevable actuellement. Difficile de comprendre l’ampleur du choc ! En 1974, j’ai découvert le nouveau cinéma allemand qui a beaucoup compté pour moi. Notamment les films de Werner Schroeter, Hans Jürgen Syberberg, Daniel Schmid (Suisse) et Werner Herzog. Toujours la même année, j’ai vu Pink Flamingos de John Waters, grâce au critique Jean Louis Bory qui en a parlé dans l’émission Le Masque et la plume sur France Inter. Le film était présenté au Festival de Cannes en dehors de la sélection officielle. Quand il est sorti en salles, je me suis précipité. La claque ! surtout le passage de l’homme au trou du cul dansant en gros plan sur Surfin’Bird des Trashmen.
Comment l’époque punk a-t-elle commencé pour toi ?
Quand j’étais jeune, j’allais dans toutes les manifs. Je me rappelle la première où j’ai été, c’était en 1973. J’avais 17 ans, donc 5 ans après 1968. J’y étais allé avec des amies gauchistes et mon meilleur copain. Nous étions lycéens. Il y avait plein de militants casqués qui faisaient des chaînes partout, des trotskistes, des maoïstes. Mais moi, je voulais sortir de la manif organisée. Mon copain et moi on se sentait emprisonnés dans cette manif et notre but c’était de passer à travers les chaînes et se retrouver devant, alors que tous les anars étaient derrière. Et à un moment, on a réussi à passer à travers les chaînes, ce qui m’a valu un coup de poing dans la figure. Et on s’est retrouvés avec ce qu’on appelait à l’époque les « éléments incontrôlés », des groupes informels qui étaient complètement en dehors des concepts classiques de la politique. Parmi ces gens dont certains étaient plutôt louches, il y avait Titus, une figure proto punk, qui formera par la suite le groupe de figuration libre En Avant comme Avant. Par la suite, on n’arrêtait pas de voir Titus aux concerts. Plus tard, il traînait souvent avec Alain Pacadis. À cette époque, je croisais aussi la bande à Rodolphe, à la cinémathèque, c’étaient aussi des punks avant l’heure. On était déjà punks, mais on ne le savait pas. Déjà dans mon enfance, il y avait les hippies et avant, les beatniks, mais, à l’époque de mon adolescence, ça a complètement dégénéré, c’est devenu baba cool. Je n’ai jamais pu les supporter ! Dans mon lycée, il n’y avait que ça. La grande mode, c’était le folk. Quelle horreur !
Captain Cavern
«Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire…»
Dans une interview, tu parles de « police des cerveaux », qu’on voit notamment dans Voyages somnambules dans les galaxies virtuelles. Est-ce que ces personnages sont en rapport avec la « police de la pensée » de George Orwell, dans 1984 ?
C’est exactement ça, mais ce n’est pas 1984 qui m’a inspiré, c’est Who Are the Brain Police ?, une chanson de Frank Zappa dans l’album Freak Out, qui vient, sûrement, directement, de la « police de la pensée » dans 1984. Le roman 1984 fait partie de ces livres, comme Sur la route, de Jack Kerouac, que je ne voulais pas lire. Pour moi, c’était la culture baba cool. Puis, j’ai enfin lu Sur la route et 1984 à plus de cinquante ans. J’ai eu tort de ne pas les lire avant, je m’étais gravement trompé. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire…
Pourquoi toi-même tu inventes ta propre « police des cerveaux » ?
C’est en rapport avec la société de contrôle, un concept très présent chez William Burroughs. C’est en dehors des concepts classiques de la politique, mais c’est très politique. La « police des cerveaux », vue sous l’angle de Burroughs, implique que – pour échapper au contrôle – il faut savoir se rendre invisible.
Est-ce que la « police des cerveaux » suppose le contrôle seulement extérieur ou le contrôle de soi-même aussi ?
Il faut savoir passer pour innocent pour pouvoir transmettre des idées qui sont complètement interdites. L’underground, c’est tout ce qui est interdit, c’est complètement clandestin, c’est ça l’idée… si on est invisible, on ne nous déchiffre pas. Ma réalité, c’est la réalité cryptée.
Dans tes œuvres, l’espace social, souvent violent, est représenté avec un langage proche de l’univers enfantin. Est-ce que cette manière de décrire la réalité violente par le langage enfantin, c’est le moyen d’échapper au contrôle ?
Oui, parce qu’il n’y a pas de filtres chez les enfants. Les enfants, pour moi, ce que j’appelle le « petit peuple » ou le « peuple jouet », c’est aussi bien maléfique que bénéfique, comme dans le monde des fées. Il y a une sorte de force tellurique chez les enfants. Le langage de l’enfance c’est un langage naturel, comme chez les animaux. D’ailleurs, on ne parle jamais de la pensée animale, et pourtant elle existe. C’est la pure nature et, chez les enfants, il y a encore ça. Mon idée, c’était de cacher et préserver cette force, c’est la raison pour laquelle je cherche à multiplier le sens de mes images. Il faut préserver l’ambiguïté pour arriver à passer à travers le langage coercitif.
En fait, c’est une façon de s’exprimer non verbale…
Oui, c’est ça, c’est inconscient et, en même temps, c’est vital de dépasser l’expression verbale.
Tu parlais de William S. Burroughs, peux-tu préciser quel impact il a eu sur ton travail ?
Burroughs est une de mes sources d’inspiration principales. Le cut-up, une invention de son ami Brion Gysin est l’un des principaux moteurs de l’œuvre de Burroughs. Avec le cut-up, il tente de reproduire les distorsions spatio-temporelles de la pensée. Les livres de Burroughs qui comptent le plus pour moi sont Nova Express, Le Ticket qui explosa et Le Festin nu. Leur forme est la seule possible pour exprimer la simultanéité des univers. Ces livres nous emmènent physiquement à travers l’infini de l’hyperespace. C’est de l’hyper science-fiction, un court-circuit de la réalité. C’est ça, l’essence du punk, l’électrocution des sens ! En connexion directe avec Burroughs, la machine à rêver (Dreamachine), un cylindre tournant lumineux qui génère des images hallucinogènes, également conçue par Brion Gysin, est tout aussi capitale pour moi.
Captain Cavern
Tu as dit dans une interview que Marcel Duchamp avait une importance cruciale pour toi, peux-tu expliquer quelles idées de Duchamp t’ont intéressé ?
Trois aspects de l’œuvre de Duchamp m’ont principalement intéressé. Tout d’abord, c’est la quatrième dimension et, plus précisément, la projection d’une quatrième dimension sur un espace à trois dimensions : ce que l’on voit dans l’image est la dimension visible d’un univers invisible comparable à la partie sous-marine d’un iceberg. Une image de ce type suggère un passage vers des univers parallèles. Je considère mon travail comme conceptuel, dans la mesure où ce ne sont des images rétiniennes figuratives qu’en apparence. Ensuite, les rotoreliefs conçus pour produire l’illusion du volume sont un des autres aspects fondamentaux de l’œuvre de Duchamp, qui préfigure l’art cinétique. Conçus pour produire l’illusion du volume, ces disques colorés aux motifs psychédéliques avant l’heure s’utilisent sur un phonographe, tournant comme la « dreamachine » de Gysin. Et enfin les ready-made, une nouvelle version du réalisme dans l’art en le poussant à l’extrême et qui sera repris par les Nouveaux Réalistes. Mais La roue de bicyclette est aussi une œuvre symboliste d’un nouveau genre. Ce n’est pas juste un simple objet mais une représentation du mouvement cosmique. Duchamp est l’inventeur de l’art conceptuel. Mais il faut, quand même, remonter à Léonard de Vinci qui qualifiait la peinture de cosa mentale : pour lui, le projet même de l’art est une « chose mentale », une « chose de l’esprit ». Ce qui importe, c’est ce qui se passe dans la pensée, avant l’exécution de l’œuvre elle-même.
Dans l’art conceptuel, le langage est fondamental. Mais moi, j’essaie de créer un nouveau langage à partir des images. Des images qui peuvent être des véhicules de l’indicible, de ce qui est au-delà de la compréhension, parce que leur signification primordiale, inaliénable est au-delà du langage fabriqué par la civilisation coercitive. C’est un monde visionnaire qui déborde de toutes les barrières du bon goût.
Captain Cavern ‘Psychic Murder Show‘
Dans ton univers, il y a plusieurs sources d’inspiration, un mélange des styles qui se succèdent, d’une publication à l’autre, d’une œuvre à l’autre. Mais il y a une sorte de continuité, par exemple, les personnages comme les organismes monocellulaires des Troglodytes attaquent apparaissent dans Psychic Murder Show.
J’aime reprendre des idées d’une œuvre à l’autre. Zappa appelait ça la « continuité conceptuelle ». Les Troglodytes apparaissent à plusieurs reprises. Tout d’abord, il y a deux zines intitulés Les Troglodytes attaquent, ensuite, ils reviennent dans le livre Psychic Murder Show et enfin dans La Troglosphère, une série de dessins publiée dans le journal de hackers, Hackademy Journal. Dans mes publications, les Troglodytes sont des espèces de microbes qui vivent dans des cavernes souterraines ou sous l’eau. Et d’ailleurs, on a découvert par la suite que des bactéries ont survécu plusieurs millénaires dans l’Antarctique. Ces formes de vie ont été trouvées sous 27 mètres de glace, dans un environnement dépourvu d’oxygène. Et moi-même, comme par hasard, j’ai subi récemment deux attaques de bactéries à trois mois d’intervalle.
Captain Cavern ‘Overdose’ Captain Cavern (image de l’exposition) by Didier Chaboche 2017
Et pourquoi ces bactéries ont tant retenu ton attention au départ ?
C’est lié au concept de « chasse scientifique » et aux « espaces interstitiels ». La recherche d’une vie cachée dans les images, qu’on pourrait assimiler à un univers microbien.
Les choses invisibles, mais qui existent pourtant, on peut les observer dans le microscope…
Mais complètement ! Nous sommes habités par les micro-organismes. Pascal parlait des mondes infiniment grand et infiniment petit… Lorsque j’ai contracté la une septicémie, j’étais comme possédé, comme si des forces étrangères pilotaient mon cerveau. Comme si le monde infiniment petit s’était emparé de moi.
Captain Cavern
Je pense que, quand on regarde une œuvre d’art, il faut toujours essayer de trouver un angle de perception par lequel on peut entrer dans l’univers de l’artiste.
Ce qui est intéressant, ce que finalement tous les peintres font, avec plus ou moins de réussite, c’est vraiment de capter le mystère, même involontairement. Les grands peintres ne font pas de simples images. La Dentellière de Vermeer, au Louvre, qui est un petit tableau (24,5×21 cm), pourrait presque passer inaperçu. Le sujet semble banal. Pourtant Vermeer a capturé la force indicible de la lumière. On est frappé par la modestie de cette œuvre qui pourtant dégage une puissance inouïe. Combien d’artistes ont une ambition démesurée. Ils ne pensent qu’à faire un chef-d’œuvre immortel, souvent d’un format monumental, c’est très courant dans l’art académique. Quant à moi, je tiens à rester modeste. J’ai toujours été bercé par la culture populaire : la bande dessinée, le cinéma, la fête foraine. Un de mes personnages favoris vient d’une comptine anglaise, There Was a Crooked Man (Il y avait un homme tordu). Un personnage drolatique dans un monde drolatique. Je m’en suis inspiré pour écrire une chanson pour Der Pim Pam Poum et je l’ai souvent dessiné. Cette comptine est à l’origine d’un roman d’Agatha Christie, La Maison biscornue (Crooked House) :
LE JOUEUR DE POKER
Refrain Je suis le joueur de poker Je suis un mec tordu J’ai des atouts en contreplaqué Et j’vous paye en guimauve Et j’vous paye en guimauve Et j’vous paye en guimauve
As de pique, As de cœur Circulent sous mon costume Et sortent toujours au bon moment Et quand j’abaisse mes atouts La table jette des éclairs verts
Refrain Je suis le joueur de poker…
Mon cœur bat sous mon smoking Et quand je joue ça met du swing Mes dents sont comme le clavier d’un piano Mes yeux sont des ampoules électriques
Refrain Je suis le joueur de poker…
Dans la baraque de tir Où défilent les cartes à jouer Ma carabine ne rate jamais la cible Roi de trèfle, As de pique, Dame de carreau Sont toujours touchés en plein cœur
Captain Cavern
J’ai aussi écrit une chanson sur un autre de mes personnages favoris, le Joker. Une créature guignolesque mais qui fait peur. Le Fou dans les tarots ou les échecs.
LE JOKER
Je suis le Joker Et je ricane. Vous ne pouvez pas Compter sur moi. Je suis enfermé Dans une boîte. Et je suis assis Sur un ressort. Quand je veux sortir Je bondis. Propulsé Par ce ressort. Parfois mes Plaisanteries Sont vraiment De mauvais goût. Je ne peux Jamais, jamais M’empêcher de ricaner. Quand une histoire N’est pas claire C’est encore un Coup du Joker.
Captain Cavern
Je suis fasciné par les charlatans, les marchands de rêve. Les prestidigitateurs, les escrocs, les charlatans. J’adore les univers forains, le cirque, ce monde de l’illusion où tout est faux-semblant, jeux de miroirs, chausse-trapes et double-fonds. Ce monde truqué où la vérité est dans les coulisses derrière les panneaux bariolés des façades. Où les bonimenteurs jouaient un rôle fondamental pour attirer les passants dans les cirques et les baraques d’attractions où se cachaient de vrais monstres ou des créatures d’illusion nées de jeux de miroirs.
Captain Cavern ‘Les Aventures De Gégé Sommeil’ 1991
«Oui, je veux montrer que ce qu’on pourrait penser comme la réalité, n’existe pas.»
Mais, en même temps, ils créent un univers où les gens ont envie de se plonger…
Oui, parce que ça touche la soif d’inconnu, de rêve et d’évasion qui nous habite, quitte à parfois nous faire perdre complètement le sens des réalités.
Dans mon monde, il y a beaucoup de références au carton-pâte et à l’illusion, aux décors en trompe-l’œil des théâtres et des fêtes foraines, au cinéma de Georges Méliès. Un monde peuplé de poupées, de marionnettes, de mannequins. Guignol et Grand-Guignol. Le Père Noël, le Croquemitaine, sont à la fois enfantins et inquiétants. Comme le fameux clown de Stephen King dans Ça, qui est un être diabolique, comme les poupées dans le film Dolls de Stuart Gordon ou Chucky. Ce sont des éléments fondamentaux de la culture enfantine, mais on bascule très vite dans l’ambiguïté quand on utilise l’imagerie enfantine. Et la forêt aussi, bien sûr, est à la fois un monde merveilleux et qui fait peur, comme dans les contes. On s’y perd facilement. Mais les enfants aiment avoir peur, et faire peur aussi, se cacher et puis surgir d’un seul coup.
Captain Cavern
«La plupart des gens acceptent de vivre dans un monde qu’ils croient réel alors qu’il suffit d’un peu de réflexion pour comprendre que rien n’est stable. L’histoire nous l’a tragiquement prouvé.»
Et le train fantôme dans tes œuvres, qui nous amène dans un univers complètement inconnu ?
Mais complètement ! Le train fantôme c’est, peut-être, l’image de la fête foraine qui m’a le plus marqué. Ce qui est fantastique dans le train fantôme, c’est sa structure. On s’installe dans des wagonnets et ça démarre. Le wagonnet avance à un rythme saccadé. Il pousse bruyamment les portes cloutées et tourne brusquement comme s’il manquait de percuter le décor macabre plein de squelettes enchaînés derrière des barreaux, de chauve-souris et de toiles d’araignées. Au milieu des hurlements et rires macabres, un type déguisé en monstre vient vous chatouiller en s’accrochant derrière le wagonnet. C’est le lieu de tous les fantasmes, sortira-t-on de cet enfer ? C’est la porte d’entrée dans la peur la plus primitive.
Captain Cavern
«Ce sont les valeurs auxquelles nous croyons qui nous sécurisent et nous empêchent de voir les choses telles qu’elles sont. Mais l’entropie est partout. Si on n’accepte pas l’ordre établi, on peut vite se rendre compte qu’il est bâti sur du vent. Si on essaie d’être soi-même, on comprendra très vite que notre intelligence, notre acquis dès la naissance, nous suffit pour comprendre le monde. Grâce à cet acquis, on pourra toujours s’en sortir, sans les leçons qui nous asservissent et qui souvent sont dépassées. On naît modernes et toute l’histoire est en nous. Mais notre aptitude à l’autodestruction est sans limites. »
Est-ce qu’il y a, derrière ce mélange de différentes références et univers, une volonté d’entrainer le spectateur dans une autre réalité où on peut vivre autrement, d’après une autre logique, comme si tu voulais montrer qu’on peut vivre autrement dans ce monde ?
Exactement ! Et d’ailleurs, je l’ai dit dans mes textes que mon univers c’est de me nourrir de tout. Tout sert à mon univers.
Oui, je veux montrer que ce qu’on pourrait penser comme la réalité, n’existe pas. La plupart des gens acceptent de vivre dans un monde qu’ils croient réel alors qu’il suffit d’un peu de réflexion pour comprendre que rien n’est stable. L’histoire nous l’a tragiquement prouvé. Ce sont les valeurs auxquelles nous croyons qui nous sécurisent et nous empêchent de voir les choses telles qu’elles sont. Mais l’entropie est partout. Si on n’accepte pas l’ordre établi, on peut vite se rendre compte qu’il est bâti sur du vent. Si on essaie d’être soi-même, on comprendra très vite que notre intelligence, notre acquis dès la naissance, nous suffit pour comprendre le monde. Grâce à cet acquis, on pourra toujours s’en sortir, sans les leçons qui nous asservissent et qui souvent sont dépassées. On naît modernes et toute l’histoire est en nous. Mais notre aptitude à l’autodestruction est sans limites.
En effet, il y a plusieurs logiques possibles, plusieurs façons possibles de voir la réalité.
Disons que si beaucoup de gens finissent mal, c’est parce qu’ils ont un univers trop étriqué, ils s’emprisonnent tous seuls. Et, par exemple, le pouvoir politique classique, c’est ça. C’est pour ça que je préfère me situer complètement en dehors de ces histoires. Pourtant, en 1973, j’étais super énervé parce que j’étais trop jeune pour 1968 et trop vieux pour les punks, ce qui était complètement faux, car Johnny Rotten a 10 jours de moins que moi.
On dit souvent que graphiquement tu es plus proche de la Figuration libre, tu en penses quoi ?
Finalement je n’ai découvert la Figuration libre à proprement parler que tardivement, en 1982, il me semble. Ce qui m’a vraiment influencé dans le genre, c’est une peinture du Groupe Normal (Milan Kunc, Jan Knap, Peter Angermann) à la biennale de Paris en 1980 au musée d’Art moderne de la ville de Paris, qui était exposée à l’extérieur du musée où la manifestation avait lieu. C’est surtout Milan Kunc, un des trois membres, qui a compté pour moi. Peu après, il a fait la pochette d’un disque du groupe allemand Der Plan que j’ai aussi énormément appréciée, ainsi que sa peinture en général. Bien sûr, j’ai beaucoup apprécié les frères Di Rosa mais j’ai été beaucoup plus influencé par Nina Childress et ses peintures moqueuses à l’époque. Ce côté moqueur et caricatural a été un déclencheur important dans mes débuts en peinture. Mais je dois préciser que c’est grâce à Jissé, l’éditeur du graphzine Blank, que j’ai commencé à faire de la peinture, en 1985. Avant je ne faisais que dessiner. Un jour, il m’a emmené chez sa mère et mis à ma disposition de quoi peindre. Et ça a marché.
Quand as-tu commencé à publier tes propres graphzines personnels ?
C’était en 1984, j’ai commencé par Vertèbres Comix, que j’ai fait avec l’aide technique d’Y5/P5, avec qui j’ai été très proche. Comme je l’ai dit plus haut, j’ai connu le milieu des graphzines à partir de 1983 via Der Pim Pam Poum, mon groupe de musique. C’est par la musique et pas par le dessin que j’ai pu rencontrer des gens dans ce milieu.
Vertebres Comics 1984
Peux-tu parler d’autres graphzines que tu as réalisés ?
Vertèbres Comics en 1984, était mon premier zine. Puis Mini Vertèbres et enfin Vertèbres en 1985. La même année, j’ai fait Cauchemar qui a été produit par Jissé chez Blank mais dans lequel j’ai une place prépondérante. Il contient une BD de trente pages qui devait paraître dans le magazine Zoulou mais celui-ci s’est arrêté juste avant. Ensuite j’ai fait Crimsex qui a eu cinq numéros. Pacôme Thiellement m’a publié trois zines. Deux étaient intitulés Les Troglodytes attaquent et le troisième, Peut-on être trop gentil ?
Vertige #01 (2002)
Pourquoi es-tu passé du format graphzine au format journal ?
Nous faisions des graphzines parce que nous n’avions pas d’éditeur. C’était peu coûteux à réaliser. Daniel Mallerin a édité Vertige, mon premier livre, en 1994, peu avant l’exposition du même nom. En 2001, une fille que j’avais connue pendant un stage de PAO en 1997 m’a contacté. Elle travaillait dans la presse pour un journal de hackers, Hackerz Voice. L’éditeur lui a demandé si elle ne connaissait pas des dessinateurs de BD underground. Elle m’a mis en contact avec lui et ça s’est super bien passé. Je suis resté cinq ans avec eux, jusqu’à ce que la maison coule. Au bout de quelque temps, je leur ai proposé d’éditer Cyberwar avec Y5/P5 et Max Perramon. Le journal n’a pas marché, il n’y a eu qu’un numéro. Et après, il y a eu Vertige. Au départ, mon idée c’était de proposer à l’éditeur de reprendre Strip, un journal créé par Placid et un ami à lui, mais il n’a pas été d’accord. Donc il nous a proposé de faire un nouveau journal. Voilà comment Vertige est né. Tout comme pour Cyberwar, nous étions payés. Cependant je me suis retrouvé tout seul à diriger le journal au deuxième numéro, avec Placid à la maquette, et, à partir du numéro 4 jusqu’au numéro 6, j’ai fait aussi la maquette. L’aventure a duré 7 numéros. J’écrivais beaucoup d’articles dans le journal et j’aurais souhaité avoir une vraie équipe rédactionnelle mais ça n’a pas marché et, moi-même, je ne me considère pas vraiment à la hauteur. Je trouve fondamental qu’un journal ait une équipe rédactionnelle solide. Comme Métal hurlant, par exemple, dont j’ai d’ailleurs toujours préféré les articles aux BD (haha !).
Mais ce qui compte, c’est qu’ils sont restés dans l’histoire, peu importe combien de temps ça a duré…
Oui, maintenant c’est devenu culte si on veut. Mais, quand on le faisait, on voulait que ça soit un vrai journal avec des textes sur l’actualité.
Interview Captain Cavern par Alla Chernetska
«Oui, c’est ça, c’est inconscient et, peut-être pour cette raison, c’est vital.»
Qu’est-ce que l’expression écrite représente pour toi ?
La parole est fondamentale pour moi. Elle est indissociable de l’image et de la musique. Il y a une interaction permanente entre ces trois éléments. Même si les moyens d’expression ne font pas appel aux mêmes zones du cerveau, elles peuvent être reliées entre elles pour établir un niveau supérieur d’expression. C’est ce qu’on appelle la synesthésie. L’art total, un rêve ultime !
Qu’est-ce que tu peux exprimer par le texte que tu ne peux pas exprimer par l’image ?
Je dirais plutôt que ce que je ne peux exprimer par le texte, j’essaie de l’exprimer par l’image. J’essaie de créer un nouveau langage à partir des images, en me servant de tout ce qui peut m’aider à exprimer des idées que le langage établi m’empêche de communiquer. C’est la création d’un nouveau langage par l’image. Et ce langage n’est pas dans les mots, j’essaie d’utiliser les images comme des mots, comme une écriture.
Dans tes textes sur tes œuvres et tes expositions, chaque ligne est pleine de sens, chaque phrase compte, c’est très dense et il n’y a rien de superflu…
C’est fondamental ! Le texte est un élément fondamental. Il n’est pas explicatif. Il a sa propre valeur, indépendamment des images. C’est l’égal de l’image.
Quand j’écris, il y a vraiment une recherche de style et j’élimine continuellement des mots, pour aller à l’essentiel, pour que les mots aient une force énorme. Mes textes, c’est une dimension complémentaire par rapport à l’image, ça me permet de donner de nouvelles perspectives. Tout ce que je fais s’interpénètre, il y a une interaction permanente. Comme je l’ai dit, les images que je fais, c’est aussi une façon de parler, un langage. Et tout, mis bout à bout, ça parle. Il y a un flux permanent entre paroles et images, c’est musical.
Est-ce que dans tes œuvres il y a une dimension autobiographique ?
Tout ce que je fais, c’est entièrement autobiographique. Ce n’est pas de l’auto-fiction, contrairement à ceux qui racontent leur vie en BD, mais ce que j’exprime, ce n’est que mon vécu, mais un vécu transcendant.
C’est autobiographique dans le sens émotionnel…
Oui, ce n’est que ça ! Oui. Tu as touché le sens profond de ce que j’essaie d’exprimer. Ce n’est que de l’émotion. Oui, c’est ça, c’est inconscient et, peut-être pour cette raison, c’est vital.
Mer et Montagnes, galerie Margot Virgil (1988) Le Monde Magique de Captain Cavern, galerie Margot Virgil (1990) L’Extraordinaire Révélation de la Mort Hallucinante, avec Jacques Pyon (1990) Chasse scientifique, boutique de l’Art modeste d’Hervé Di Rosa (1991) Maisons en tous genres, Galerie Michel Gillet (1992) Vertige, galerie Guy Cretté (1994) Vertige Vision, exposition collective chez Arts Factory (2005) Diverses expositions dans des bars (2009-2016) À travers le miroir sans le voir, galerie Corinne Bonnet (2018)
22-24 Aralık 2023 tarihlerinde, çizgi roman, illüstrasyon, animasyon, karikatür, grafiti, sokak sanatı, bağımsız yayıncılar, sanatçılar, tasarımcı, koleksiyoner, takas girişimcileri, akademisyenler vb. çizgi’ye dair tüm yaratıcı beyinler, İCAF’ta bir araya geliyorlar.
İstanbul Comics and Art Festival,“Çizgi roman okuyan kac kişiyiz?” sorusundan yola çıkarak, 2016’dan bu yana, Türkiye’de çizgiye dair analog ve dijital tüm yaratıcı bireylerin bir araya geldiği en önemli ilk ve tek etkinliktir. Gücünü bağımsız sanatçılardan ve sokak kültürlerinden alan en önemli kültür sanat etkinliklerinden bir tanesidir.
ICAF’ı ilk gününden bu yana festival alanında yerli ve yabancı sanatçıların canlı çalışmaları, çizgi roman dükkanları, yayın evleri, sahaflar, fanzin ve bağımsız yayınlar, atölye, seminer, karikatür, mural, graffiti ve illüstrasyon sergileri, belgesel, film ve animasyon gösterimleri, müzik ve sahne performansları ile zenginleştirdik.
ICAF 2016
GEEKYAPAR! / ISTANBUL COMICS AND ARTS FESTIVAL 2016
Istanbul Comics and Art Festival, “How many of us read comics?” Based on the question, since 2016, it is the most important event where all analogue and digital creative profiles of Turkey’s first and only one come together. It is one of the most important cultural and art events that draws its creative power from independent artists and the creative culture of the street.
On 22-24 December 2023, lovers of comics, illustration, animation, cartoons, graffiti, street art, and independent publications, artists, producers, designers, shops, stores, e-commerce platforms, second-hand booksellers, collectors, exchange entrepreneurs, academics, in short, we will bring together the ANALOG and DIGITAL creative profiles of the whole art world at the 6th ICAF.
Since the first day of ICAF, live works of local and foreign artists, comic book shops, publishing houses, second-hand booksellers, fanzines and independent publications, workshops, seminars, caricature, mural, graffiti and illustration exhibitions, documentary, film and animation screenings, We enriched it with music and stage performances.
Festival alanının dışında ise farklı sanat disiplinleri kapsamında yaratıcı kamusal deneyim sağlayan “urban hacking” ve “urban art” projeler ile “insan – semt – şehir” buluşması gerçekleştirdik.
ICAF 2023’de ise yukarıda bahsettiğimiz gelenekselleşmiş çizgi sanatının yanı sıra manga & grafik roman, sarı mizah dergileri, süreli – süresiz dergiler, poster, sticker, albüm kapakları, şişe ve metal kutular, cosplay, figür, NFT, blockchain, gaming, sinema ve televizyon, dijital yayın platformları kısaca çizgi ile ilintili olan herşeyi dahil ediyoruz.
Türkiye Cumhuriyeti’nin kuruluşunun 100. yılında, 1923 yılından bugüne kadar varlık gösteren çizerlerimizi günümüz çizerleriyle konuşacağımız, hem karşılaştırmalar yapacağımız ve hem de günümüz uyarlamalarının nasıl yapılabileceği ve geçmişteki çalışmaların günümüzdeki önemi gibi konuları da ele alacağımız, ilgilileriyle interaktif söyleşiler, koleksiyoner seçkileri, sergiler, panel ve fotoğraf sergileri planlıyoruz.
Üç gün boyunca; tarih, sosyal tarih, sosyal siyaset, kültür ve sanat meraklıları için dolu dolu bir İCAF içeriği hazırlıyoruz.
İCAF / Urban Art Projesi Turu 2019
Outside the festival area, we held a meeting of “people – district – city” with “urban hacking” and “urban art” projects that provide creative public experience within the scope of different art disciplines.
In ICAF 2023, besides the traditional comic art we mentioned above, manga & graphic novels, yellow humor magazines, periodicals and non-periodicals, posters, stickers, album covers, bottles and metal boxes, cosplay, figure, NFT, blockchain, gaming, cinema and television, digital broadcasting platforms, in short, we include everything related to the line.
On the 100th anniversary of the founding of the Republic of Turkey, we will talk about our artists who have existed since 1923 with today’s artists, make comparisons and discuss issues such as how today’s adaptations can be made and the importance of past works in the present, interactive interviews with the relevant people, collector’s selections, exhibitions, We are planning panel and photography exhibitions.
For three days; We are preparing a full ICAF content for history, social history, social politics, culture and art enthusiasts.
Tolga Güldallı ve Deniz Beşer, Türkiye’de ki fanzin kültürünün gelişimini 1991-2021 arası dönemde Türkiye’de yayınlanmış bazı fanzinler üzerinden örnekler vererek anlatıyorlar.
Birce Kirkova’dan
Sizi bekleyen muhteşem etkinliklerle dolu bir festivale hazır mısınız?
Keşfedilecek yeni çizgi romanlar, söyleşiler, graffiti sanatçılarıyla sohbetler, sevdiğiniz karikatüristler…
“Parce que je trouve que l’humanité actuellement est trop débile, et qu’on va attendre une autre civilisation.”
Henriette Valium
Cet entretien avec Henriette Valium a eu lieu à Paris le 8 septembre 2018, en tête à tête lors d’un déjeuner dans un bistrot, à l’occasion du séjour en France de l’artiste pour fêter les vingt-cinq ans du Dernier Cri. Le soir même, il participa au concert accompagnant la projection du film Mondo DC au Cirque Électrique. Il m’offrit en arrivant un collage que nous évoquons dans l’entretien. J’ai tâché dans cette retranscription de rendre avec fidélité la substantifique moelle d’une parole vivante et généreuse, indissociable en mon souvenir d’un délicieux accent québécois, d’un regard bleu pétillant et d’un sourire malicieux.
Interviewé par Xavier-Gilles Néret, 2018
Photographie de Marc Tessier, 2023
*Cette interview est un extrait du livre Henriette Valium, qui sera publié par LDC dans les prochains jours.
Xavier-Gilles Néret : Pakito Bolino m’a dit qu’il était venu te voir au Québec en 1990. Et il m’a raconté que s’il a fait Le Dernier Cri, c’est à cause de toi ! « C’est ta faute », comme il dit !… Parce qu’en allant à Montréal, il a vu un homme vivant dans un lieu qui était à la fois son domicile, son atelier de sérigraphie et son studio d’enregistrement… Et en rentrant en France, il s’est dit : il faut que je fasse la même chose ici, ainsi je serai libre.
Henriette Valium : Oui, c’est exact… Cependant on n’est jamais vraiment libre…
Henriette Valium & Pakito Bolino, In the memory of good old days – Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier
Mais pour lui, avoir un lieu où tu peux travailler et produire en autonomie, ça donne vraiment une liberté…
Oui, absolument.
Te souviens-tu de votre première rencontre, et de la manière dont ça s’est passé ?
Oui. En fait, ce n’était pas notre première rencontre, mais c’était la première fois qu’il venait à Montréal. À l’époque je travaillais à mon compte, comme sérigraphe, pour des bars et des groupes de rock, de musique, essentiellement. Ils venaient chez moi faire imprimer leurs affiches. La technologie numérique n’était alors pas encore tout à fait ce qu’elle est aujourd’hui. Donc j’avais là une fenêtre de business, je faisais une bonne paye. En fait, cet atelier m’est tombé dans les mains par hasard. Moi, au départ, je travaillais dans un club de spectacles qui s’appelait Les Foufounes Électriques, et j’étais graphiste. J’avais un ami qui étudiait la sérigraphie, Bruno Guay, et c’est lui qui a eu l’idée initiale. Dans l’enseignement de la sérigraphie, on ne se sert pas de produits à l’huile, avec des solvants, comme ceux utilisés pour faire de la sérigraphie commerciale, et il avait donc été formé avec des produits à l’eau. Mais les produits à l’eau, c’est très limité quand tu arrives sur le marché de la sérigraphie : tu ne peux pas faire plusieurs passages, le papier gondole, de sorte que la plupart des gens qui font leur business là-dedans utilisent la sérigraphie à l’huile. Je te parle surtout des grandes affiches en couleur. Et il avait eu l’idée de faire les affiches des Foufounes Électriques en sérigraphie, mais à l’eau, parce que c’est le plus souvent du noir et blanc, c’est très rare qu’on mette de la couleur. Bruno me demande 1500 dollars canadiens, peut-être l’équivalent de 1000 euros, et comme le patron n’avait pas d’argent, je les ai empruntés à un ami. Bruno installe donc son atelier dans le club. Sauf que quand il est arrivé, il a commencé à picoler, il n’assurait pas, et moi j’étais pris entre l’ami qui voulait son fric et les clients qui commençaient à m’appeler, parce qu’ils attendaient les affiches qu’ils avaient payées… Et moi, qui ne connaissais absolument rien à la sérigraphie, j’ai dit à Bruno que je prenais ça en main. Mon idée, c’était de ramer le temps de rembourser ma dette, et de foutre ça par la fenêtre. Mais une fois que je me suis mis à faire rouler la chose convenablement, tous les bars ont rappliqué, tu comprends…
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
“…eh bien pour les critiques de l’époque, c’était la fin du monde, c’était la fin de l’art. Relis ça aujourd’hui… Et pour un paquet de trucs c’est la même chose. Donc dans cent ans les gens vont voir mes trucs pornos et tout le monde va être à poil !…”
Et tu y as pris goût aussi…
Ben oui, mais c’est parce que tu fais du cash… Au départ, donc, je n’étais pas sérigraphe, c’était pour régler la dette initiale, mais finalement j’ai vécu là-dessus pratiquement quinze ans. À un moment donné, je me suis dit : bon, vu que personne ne veut imprimer mes bandes dessinées, je vais les imprimer avec ça. J’ai fait de l’autoédition, des gros livres qui sont aujourd’hui introuvables. C’était dans les années 1990. J’ai imprimé des BD que j’avais faites dans les années 1980. Mais il faut dire que moi je n’ai pas l’énergie de Pakito. Et vers les années 2000, suite à des problèmes matrimoniaux, il s’est trouvé que j’ai arrêté tout ça…
Et donc, la rencontre avec Pakito…
Il est arrivé à Montréal en 1990 avec de l’argent dans les poches, on a fait un disque, et aussi un livre avec le matériel sérigraphique. Et c’est là qu’il a eu l’idée de se monter un studio à lui en France. Parce qu’il a réalisé qu’en travaillant à l’eau, la sérigraphie est beaucoup plus accessible comme médium. Quand tu imprimes à l’huile, avec des solvants, il faut de la ventilation, c’est un autre monde, mais à l’eau, tu peux faire ça dans ta cuisine, c’est vraiment simple. Alors évidemment, tu as plus de limites, mais tu peux arriver à faire quelque chose. Lui, il fait ça bien !…
Ultime Frontière by Bolino & Valium, 1994
Caro Caron
Et tu l’avais déjà rencontré avant qu’il ne vienne au Québec…
Oui, à Angoulême, un ou deux ans avant, je ne me souviens plus trop de la date. Lui, il étudiait aux Beaux-Arts, à Angoulême, à ce moment-là. C’est là que je l’ai rencontré la première fois. On m’avait donné son adresse, pour aller dormir chez lui. On est arrivés à trois heures du matin, en pleine nuit…
Donc il t’a accueilli…
Oui, il n’a pas eu le choix ! Mais c’était bien, on a fraternisé tout de suite.
C’est quelqu’un qui a le sens de l’hospitalité…
Oui, absolument. Et moi, j’étais venu à Angoulême pour le festival québécois de la jeunesse, et j’étais supposé rester sur le stand du Québec, mais je suis resté avec Pakito. C’était l’époque où il faisait Les Amis, je pense. Je me suis tenu avec eux, tout le temps que j’étais là, et je n’ai pas été très présent sur le stand du Québec…
Et il t’a donc dit, bien plus tard, que c’était « à cause de toi » qu’il avait fait Le Dernier Cri…
Oui, exact. Mais c’est normal. Ça prend toujours du recul pour comprendre, parce que quand tu es dans le feu de l’action, ça roule, c’est par après que tu te dis : ah oui !… Mais tout ça est donc dû au hasard, parce que moi je ne pensais jamais être sérigraphe…
Les hasards de la vie…
Exactement.
Avant, tu faisais déjà de la bande dessinée…
Oui, ma première bande dessinée, j’avais dix-sept ans, et je l’ai détruite, parce que j’ai eu une phase, avec la mère de mon premier fils, où je ne pensais pas trop être un artiste. Ça a duré un an, et après le naturel est revenu au galop, et je suis devenu ce que je suis aujourd’hui.
Laure Phelin / Avril (Covid-19) 2020
Si tu devais te caractériser comme artiste, dirais-tu que tu es un auteur de bandes dessinées, ou dirais-tu autre chose ?
Pour commencer, on m’identifie beaucoup comme un bédéiste. Mais je fais aussi de la peinture, qui n’est pas vraiment de la peinture en réalité, en tout cas au sens classique de la peinture avec pinceau et toile. Ma BD, elle se rapproche souvent de Bosch plus que de Gotlib. Et puis je fais aussi de la musique, mais je ne me considère pas non plus comme un musicien. Je fais des collages musicaux. Je suis un peu dans ce qu’on appelle le Dark Ambiant. Ça donne des ambiances, souvent smooth, bizarroïdes, étranges, toujours anxiogènes. J’ai une identité qui est Henriette Valium, et j’en ai une autre comme colleur musical, c’est Laure Phelin. En fait, c’est le nom que j’aurais voulu avoir comme bédéiste, mais il était trop tard. Parce que pour mon nom, j’ai été baptisé. C’est quelqu’un qui m’a dit : appelle-toi Henriette Valium…
Caro Caron / Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Video record by Marc Tessier, 2023
Caro Caron / Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Pourquoi « Henriette Valium » ?
On faisait des fanzines, des petits recueils de bandes dessinées en photocopie, dans les années 1980, et puis à un moment donné on avait quelques filles qui étaient artistes avec nous. Dans ces années-là, beaucoup d’artistes se donnaient des noms loufoques ou bizarroïdes, et quand tu as dix-neuf ou vingt ans tu veux suivre le train, on n’échappait pas à la règle. On s’est dit : les filles vont signer avec des noms de gars, et les gars avec des noms de filles. Comme ça, juste pour s’amuser. Et moi comme je n’avais aucune idée, un ami m’a dit : eh bien, appelle-toi Henriette Valium. Ah, bon, ok. Et c’est resté comme ça. Ça devait être temporaire, mais les gens se mettent à te connaître sous ce nom-là : ah, c’est lui Valium !…
Et ça te plaît, ou tu regrettes ?…
Non, disons que j’ai fait la paix avec ça. Parce que dans les années 1990 j’ai voulu, comme certains le font, revenir à mon vrai nom, mais finalement c’était trop tard, toutes les entrées sur le web, c’est Henriette Valium.
Comment t’appellent les gens, ou tes amis ?
En général ils m’appellent Valium.
Tu parlais de fanzines. Et le mot graphzine, est-ce que tu l’as entendu au Québec ?
Un peu. Mais en général je te dirais qu’on fait moins de distinctions au Québec. Quand tu évolues dans un milieu de libraires, le graphzine, ils savent ce que c’est. Mais en général on parle plutôt de « fanzine », mot qui regroupe tout ça. Il y a le roman graphique qui est arrivé aussi. Mais pour moi, personnellement, ces distinctions sont un peu abstraites. Comme je suis un créateur, pour moi le jeu de départ est le même au fond, c’est juste que ça prend une forme différente à l’autre bout.
Et par exemple, te souviens-tu de Casual Casual, un zine canadien des années 1980 qu’éditait Peter Dako à Toronto ? Tu y as participé, il me semble…
Oui. À l’époque, tout ça se passait par la poste. Il fait partie des rares qui m’ont édité à ce moment-là. J’aurais fait n’importe quoi pour être édité par exemple par Raw, à New-York, et ils ont fini par me répondre à un moment donné… En fait, ce qui est arrivé, c’est qu’au début des années 1990, j’étais extrêmement découragé de faire de la bande dessinée. J’y avais passé énormément de travail, et évidemment avec mon style, j’étais inéditable à Montréal – je le suis toujours de toute façon… Bon, aujourd’hui, évidemment, j’ai fait la paix avec ça, mais j’ai longtemps nourri beaucoup de ressentiment. Quand tu mets un tableau au mur, même si tu l’as vendu pour des peanuts, il fait son travail. Mais la bande dessinée, il y a à la fin du processus un éditeur qui lui a un droit de vie ou de mort sur ce que tu fais, et une bande dessinée qui n’est pas publiée, tu peux toujours l’exposer comme de l’art séquentiel ou quoi que ce soit, l’important c’est d’en faire un livre. J’étais donc très découragé à l’époque, et j’écrivais à Raw, beaucoup, à Fantagraphics et à d’autres, et à un moment donné, je me suis tanné, et je me suis dit : je vais donner un dernier coup. J’ai imprimé un énorme livre, en cinquante exemplaires, vraiment celui-là c’est une pièce de collection, avec seize pages en anglais et seize pages en français, en sérigraphie, et puis je l’ai posté à plusieurs éditeurs, dont Raw. Mais pour Raw, j’ai pris un gros marker et j’ai couvert chaque page d’insultes : you fucking asshole if you don’t answer me it’s the last fucking time I send you my stuff… Et j’ai reçu une lettre : sorry, we can’t print you, but etc. Mais c’est Fantagraphics qui a sauvé ma BD, et j’ai continué à en faire parce qu’ils m’ont dit : d’accord, on va imprimer Primitive Crétin. Et j’ai dit : attendez, d’abord je vais le gonfler à soixante pages, parce que je n’en avais à l’époque qu’une trentaine et je trouvais que ce n’était pas assez. Donc finalement j’ai continué à faire de la BD. Mais de toute façon, j’aurais continué pareil. La bande dessinée, c’est pour moi comme une maladie d’obsession-compulsion, un peu comme un héroïnomane. Dans mon cas, c’est une relation d’amour-haine depuis le début. Parce que c’est beaucoup de travail, et en même temps, l’art en général considère ça de haut : la bande dessinée, ce ne serait pas sérieux. C’est peut-être un peu différent en Europe, ou ça a évolué, mais en tout cas, à l’époque, dans la sphère américaine, les bédéistes étaient considérés comme des ados attardés…
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Et donc, Casual Casual, tu le connaissais…
Je ne l’ai jamais rencontré. On a correspondu, beaucoup. Et à un moment donné on s’est perdus de vue. Mais il faut dire que moi, je suis quelqu’un d’assez négligent pour faire des suivis… Par exemple, dans ces années-là, nous avons fait Iceberg, 6 numéros, et ensuite Motel, 6 numéros. Et à un moment donné, j’ai arrêté, parce que je me suis davantage concentré sur mon travail à moi. Je n’ai pas beaucoup d’énergie dans un travail collectif. D’autres artistes n’ont pas la même cadence de production. Moi j’étais vraiment épuisé par ça. Tu es toujours en train de pousser dans le dos d’un mec qui a peut-être plus de talent que toi mais qui n’a pas la passion…
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Et pour toi, qu’est-ce qui est le plus important : les choses imprimées, ou les originaux, ou les deux ?
Je suis old school, ce qui est important pour moi, c’est l’original. Je fais encore mes originaux sur papier. Parce que je tiens à ce qu’il y ait une trace. L’original considéré de manière électronique c’est un concept que je n’ai pas encore assimilé complètement. Je connais des artistes qui font une production essentiellement par ordinateur. Moi, je fais une planche que tu peux encadrer et mettre sur un mur, comme un tableau.
L’original, pour toi, a plus de valeur que l’imprimé…
Oui. Évidemment, ça dépend aussi de la manière dont tu travailles… Je parle pour mon travail. J’imagine que pour d’autres, c’est différent… Si tu n’as pas d’original, et que tout est dans ton ordinateur, au final j’imagine que c’est l’imprimé qui compte le plus, je ne sais pas.
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Il y en a pour qui l’original est un document de travail afin d’aboutir à l’imprimé. L’œuvre, c’est l’imprimé.
Non, pas pour moi. Par exemple, je travaille ces temps-ci sur Nitnit, donc « Tintin » renversé. J’aurais très bien pu le faire au complet par ordinateur et me contenter de réaliser des micro-collages pour scanner le tout, mais j’ai fait des originaux, uniquement pour avoir une plaquette, qui était complètement inutile en un sens, parce que quand je suis sur Photoshop je reprends aussi l’image au complet.
Dirais-tu que tu es un obsédé de l’image ? Par exemple, achètes-tu des livres, voire les collectionnes-tu ?
Oui, je suis un obsédé de l’image, mais je ne suis pas un collectionneur de livres. Je suis plus quelqu’un qui va attraper. Si une occasion se présente, je l’attrape. Mais ça dépend. Par exemple, j’ai en ce moment un autre projet de bande dessinée à partir de super-héros américains, et donc je sais qu’à un moment donné il faut que j’aille dans une librairie ou que je trouve un lot de vieux super-héros en noir et blanc. Mais, en général, j’ai fait des collages à partir de livres que j’ai trouvés dans des ruelles à Montréal, où parfois tu tombes sur des boîtes avec plein de livres, et j’en attrape un qui est magnifique. C’est rare qu’intentionnellement j’aille acheter un livre. J’ai aussi fait à un moment donné des collages complètement numériques, mais ça ne me plaît pas, et je suis revenu aux ciseaux, au papier et à la colle. Quand tu es devant ton ordinateur, c’est à la fois trop, parce que tu as des possibilités infinies, et pas assez, il manque quelque chose. Tandis que le collage conventionnel, analogique si on peut dire, t’impose des limites mais qui font que tu arrives à des résultats que tu n’as pas avec l’ordinateur… En tout cas, ce sont deux mondes, complètement.
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Et le collage de la série Notre élite que tu m’as donné aujourd’hui, peux-tu m’en parler ?
Au départ, j’avais fait les Curés malades. Il y avait eu des articles sur les curés pédophiles, au Québec, j’ai pris des portraits de curés et j’ai fait des collages noir et blanc, que j’ai imprimés sur acétate, c’est-à-dire à la photocopieuse, sur des transparents, en les agrandissant, ensuite j’ai peint à la gouache, et j’ai ajouté derrière d’autres collages avec des photos de revues pornos. Il y en a vingt-cinq, mais je ne voulais pas les séparer, mon projet était de faire une sorte de jeu de cartes. Pakito l’a imprimé. Et suite à ça, j’ai fait une autre série de collages, Notre élite, avec la même méthode, mais cette fois-ci à partir de photos du dictionnaire Larousse, en me disant que ces collages-là je pourrai les vendre à l’unité. J’en ai fait quand même peut-être soixante-dix, ou quatre-vingt, et il doit m’en rester une trentaine. Je garde les meilleurs pour moi. J’en ai emporté huit à Paris, dont celui que je t’ai offert.
Donc tu aimes bien tes images, si tu les gardes.
Oui. Mon dernier tableau est une belle pièce, qui est dans une boîte, et mon idée serait de creuser un trou, d’y couler une tonne de béton, d’y placer le tableau, et de le recouvrir d’un sarcophage, pour faire une espèce de tableau-tombeau. Parce que je trouve que l’humanité actuellement est trop débile, et qu’on va attendre une autre civilisation. Je ne l’ai pas fait, il n’est pas enterré, mais il est dans une boîte, en haut de mon atelier, rangé. On peut le voir, éventuellement. Mais je ne cherche pas à faire d’exposition. C’est mon mécène qui organise ça. Mais lui, il me présente essentiellement comme un bédéiste.
Henriette Valium 2015
“Tu comprends ce que je veux dire ?
J’essaie de trouver une formule permettant d’avoir cette espèce de questionnement…”
Depuis combien de temps as-tu ce mécène ?
Une dizaine d’années. Quand il est arrivé, il me donnait de l’argent, et il prenait ce qu’il y avait sur la table. À un moment donné, il me dit : tu devrais faire des tableaux-bande dessinée. Je n’aurais pas dû accepter, mais, bon, j’ai dit oui. Alors je fais des tableaux-BD, qui ne sont pas pour moi le plus intéressant. C’est sûr que ça peut être impressionnant pour quelqu’un qui est extérieur, mais pour moi, c’est vraiment de l’alimentaire. Quand je travaille, j’ai besoin d’un challenge… Par rapport à des choses comme celle que je t’ai donnée, un tableau-bande dessinée ne te permet pas une seconde lecture, c’est du premier degré, c’est peut-être un peu funky ou underground, mais il n’y a pas le malaise que tu peux avoir avec ce genre de portrait-là, déformé avec du porno à l’arrière, ce qui t’invite à aller plus loin. J’essaie de trouver une formule permettant d’avoir cette espèce de questionnement-là dans un tableau-bande dessiné, mais je n’y suis pas encore arrivé… Tu comprends ce que je veux dire ? Par exemple, à un moment donné, j’ai fait un gros dessin de Goebbels avec sa famille. À mes yeux, c’est bien plus intéressant qu’un tableau-BD avec des tronches débiles et tout le reste, mais sans rien derrière.
Et en as-tu fait beaucoup des tableaux-BD ?
Oui, quelques-uns. C’est ce que mon mécène prend, parce qu’en plus il n’est pas tout seul, il y a sa femme avec lui. C’est un milieu très conservateur, surtout au Québec. Déjà, le fait qu’il m’aide, moi, c’est un peu bizarre. Mais bon, il le fait, parce qu’il apprécie mon travail. Mais les belles pièces, il ne les voit pas passer, je garde tout. Ça ne l’intéresse pas, parce que ce n’est pas vendable. Lui, il dit que ce sont des pièces de musée. Et je me suis pris la tête à un moment avec sa femme, parce qu’elle n’était pas d’accord qu’un artiste, par exemple, utilise de la pornographie pour la mettre dans ses œuvres : il est malade ce type, il ne respecte rien. Mais il ne faut pas oublier que tout ça évolue. Prenons Courbet, l’un de ses premiers tableaux, Un enterrement à Ornans, où il s’est mis à peindre ce qu’il voyait, et non plus des tableaux mythologiques, eh bien pour les critiques de l’époque, c’était la fin du monde, c’était la fin de l’art. Relis ça aujourd’hui… Et pour un paquet de trucs c’est la même chose. Donc dans cent ans les gens vont voir mes trucs pornos et tout le monde va être à poil !…
Y a-t-il des pièces à toi dans des musées ?
Non, pas encore. Tu sais, c’est vraiment plus une question de connexions que de talent. Même mon mécène, par exemple, il a fait un encan, récemment, à Toronto. Et alors tu vois comment ça fonctionne : lui il achète du Valium, qui a priori ne vaut rien par rapport au marché de l’art, ils organisent un encan, ils proposent une de mes pièces, ils mettent des mecs dans la salle pour monter la mise, et lui il rachète le tableau par personne interposée, de sorte que maintenant, j’ai une cote. Par conséquent, tout ce que lui a de moi a augmenté. C’est comme ça que ça fonctionne en fait. Le talent n’a aucun rapport. En général, dans le gang des artistes, tu vas prendre celui qui te fait la cour, qui va être le plus malléable. Pour en revenir à mon mécène, il a voulu modifier mon travail, en me disant : ah, tu devrais faire ci, tu devrais faire ça. Je lui ai accordé une seule concession, en faisant des tableaux-BD, mais c’est tout, j’ai refusé toutes ses autres demandes. Par exemple, faire de beaux petits tableaux avec des couleurs. Non, il y en a d’autres qui font ça mieux que moi. Dans mon cas, c’est une pulsion, une obsession-compulsion, ça n’a aucun rapport. Je n’ai jamais eu aucune visée esthétique. Dans un certain sens, le collage que je t’ai donné, ce n’est pas beau, mais en même temps le résultat est classe.
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
“Selon moi, nous les humains, on produit des objets de plus en plus complexes et aboutis, mais on termine l’époque antique de notre histoire. On est partis de la pierre taillée, et on a maintenant des ordinateurs, des Lamborghini, mais la structure sociale pyramidale n’a pas changé depuis les débuts.”
La politique, est-ce important dans ta vie, et, éventuellement, dans ton travail ?
Bonne question… Je te dirais, la politique locale, comme par exemple toutes les questions de souveraineté nationale du Québec, ces histoires-là, aucun intérêt. Moi j’ai été saoulé complètement par mes parents qui étaient des indépendantistes de type stalinien. Eux, ce sont des syndicalistes, et moi, j’ai vécu là-dedans, dans un univers politisé. Mes parents, ici, en France, ce seraient des communistes. Mais moi, je ne vais pas voter, je n’en ai rien à chier. En revanche, j’ai une fascination par exemple pour les personnages du Troisième Reich, du Reich nazi, des trucs comme ça. Je fais comme un constat permanent d’un truc qui se répète à l’infini. Selon moi, nous les humains, on produit des objets de plus en plus complexes et aboutis, mais on termine l’époque antique de notre histoire. On est partis de la pierre taillée, et on a maintenant des ordinateurs, des Lamborghini, mais la structure sociale pyramidale n’a pas changé depuis les débuts. Et la vraie révolution va être écologique. Selon moi, on devrait connaître un black-out, vraiment quelque chose d’assez dense. Ça va se passer un peu comme quand Rome est tombée, en Europe. Il a fallu attendre Napoléon III pour avoir le même niveau d’hygiène publique dans Paris que la Rome antique, avec la pose des égouts. C’est quand même quelque chose, 1400 ans. Aujourd’hui il y a Facebook, il y a plein de trucs, mais il fait chaud, c’est un phénomène mondial. J’ai des amis un peu partout, et cet été, tout le monde a crevé de chaleur. Je ne vois pas ça de manière très optimiste.
Laure Phelin, ‘Testament Leste 666’ Lande Promise
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
“Et la vraie révolution va être écologique. Selon moi, on devrait connaître un black-out, vraiment quelque chose d’assez dense. Ça va se passer un peu comme quand Rome est tombée, en Europe.”
Donc tu penses qu’il va y avoir une catastrophe…
Une dégénérescence, progressive. Des maladies, des trucs, je ne sais pas. Parce que les gens ne veulent pas que ça s’arrête. C’est comme une machine qui ne fait qu’avancer. Tu sais, il faudrait sept miracles. Il faudrait que (1) tout le monde, (2) partout, (3) au même moment, (4) réalise, (5) comprenne, (6) accepte et (7) agisse. Mais le type qui a son loyer à payer, il a besoin de fric, tu comprends, il est pris dans la machine, c’est comme une roue qui tourne.
Dirais-tu que dans ta pensée tu es profondément écologiste, ou pas ?
Oui, dans un certain sens. Mais en même temps… Tu sais, mon ex, la mère de mon plus vieux, c’est une végane de type stalinien. Ce n’est pas vraiment la viande selon moi le problème. Considère tous les problèmes de l’humanité comme une rivière de merde, qui coule. Une rivière, ça se remonte. Et la base, au départ, c’est le fric, tout ça c’est à partir du fric. Le fric, pour moi, c’est la méta-injustice, l’injustice qui entraîne toutes les autres. La viande, ce n’est pas tellement le problème. Par exemple, prends mes parents, octogénaires, ils mangeaient de la viande bio sans le savoir, mais ils n’en mangeaient pas tous les jours. Le problème, c’est de vouloir fournir de la viande à tout le monde tous les jours, trois repas par jour. Il est là le problème. Une bagnole, en soi, c’est magnifique, mais pas des milliards de bagnoles partout. Oui, j’ai une conscience écologique, mais en même temps, j’aime bien une bagnole, c’est pratique. Je ne serais pas le genre à foutre tout le monde à pied, non.
C’est vrai que certains écolos ont un côté facho…
Oui, certains, mais c’est comme partout. Tu sais, mon ex, elle est végane, et elle a fait le serment à un moment donné de ne plus s’asseoir avec quelqu’un qui mange de la viande. Il y a du dogmatisme partout. Moi j’ai déjà entendu un végane, un copain d’amis, qui avait le même discours qu’Hitler avec les juifs, mais lui avec les gens qui mangent de la viande. La même chose : « ah, il faut les foutre au mur !… »
Et ta fascination pour les dignitaires nazis, est-ce que tu peux essayer de l’expliquer un peu ?
C’est d’être arrivé à pousser à bout l’horreur et la démagogie, mais d’une façon très esthétique. En même temps, il y a un côté qui me charme, c’est un peu bête à dire, de voir ces beaux uniformes, ces logos. Ça m’interpelle, parce que moi je suis quelqu’un de très rigoureux et planificateur.
Ça correspond un peu à ton esthétique en fait…
Oui, absolument.
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Tu disais que tu n’avais pas de visée esthétique, mais tu n’en pas moins une esthétique singulière, assez proche de celle des esthétiques totalitaires…
Oui. Dans mon dernier livre, qui a été édité en anglais, j’ai fait des marges avec des svastikas, en miroir, déployés, il y a plein de symboles, j’ai tout mélangé en fait, les symboles juifs, francs-maçons, etc. Tu sais, les gens vont essayer de chercher les messages. Mais il ne faut pas chercher à comprendre au fond, j’ai juste fait ça pour jouer. C’est une globalité.
Et il y a une dimension de provocation aussi…
Oui, évidemment. Parce que le svastika, quand tu l’utilises, surtout dans le monde occidental, c’est un symbole très ancien qui a été dévoyé, corrompu, par les nazis. Moi j’essaie de le réhabiliter à ma manière, si on veut. Mais je sais très bien que quand tu utilises ça, c’est un frein. J’ai été surpris d’être publié au Canada anglais, parce que j’étais sûr que ce truc-là ne serait jamais publié. Nathalie, mon ex, m’avait dit : tu ne devrais pas mettre des svastikas, tu ne seras jamais publié.
Et pourtant, ils l’ont publié. Peut-être que maintenant, ça passe…
Moi je pense que oui. Au Canada anglais, oui. Parce qu’à un moment donné j’étais allé voir, il y a beaucoup de sites qui militent pour la réhabilitation de ce symbole-là, des bouddhistes, des gens qui disent : non, arrêtez de voir ça comme un signe nazi. Mais moi je l’utilise parce que c’est esthétiquement magnifique. J’ai fait des milliers de variations là-dessus.
Et tu disais que tu ne votais pas… Tu n’as jamais voté, ou ça t’est arrivé ?
À une certaine époque. Et puis finalement, non, je ne vote pas, non.
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Dirais-tu que ta posture a quelque chose à voir avec l’anarchie ? Est-ce que ça t’intéresse, l’anarchie ?
Oui, absolument. Premièrement, pour moi, la politique, c’est des millionnaires qui jouent au ballon. L’anarchie, c’est une utopie. Ce qui est dommage c’est qu’on a éduqué les gens à penser l’anarchie comme étant synonyme de chaos, de guerre. Alors que ce n’est pas vrai du tout. C’est l’absence de pouvoir, tout simplement. En fait, c’est une utopie, parce que tu te dis : est-ce que c’est possible qu’il n’y ait jamais de pouvoir ? Il y a eu des expériences qui ont été faites où tu mets une vingtaine de personnes dans une salle et immanquablement tu en as certains qui prennent les devants et les autres suivent. Moi je pense que c’est un des drames de l’humain, c’est-à-dire qu’on est grégaires et la grégarité c’est un paradoxe : on veut tout faire pour intégrer le groupe mais en ne pensant qu’à ses propres intérêts. Par exemple, il y a un mec que je connais, qui travaille dans le centre-ville, dans un truc d’analyse et de nettoyage des sols, donc a priori c’est écologique, et pourtant il va travailler en bagnole alors même qu’il y a un métro à côté de chez lui et un métro à côté de son boulot. Et il invoque un paquet de prétextes, lui qui a en principe tout pour être conscientisé et qui pourrait très bien décider d’aller travailler en métro. Mais ceci dit, moi, avec de l’argent, si je me retrouvais à la campagne, j’aurais une putain de bagnole, je serais motorisé, je me connais.
Où vis-tu exactement ?
Moi je vis dans un garage, à Montréal, chez ma fille, près du métro Joliette, un peu l’équivalent de la Bastille. J’ai un garage où j’ai posé des toilettes, un bain, deux lavabos, j’ai tout isolé, et c’est une gestion de l’espace à la japonaise. Mais je ne paie presque rien.
Et à nouveau ce n’est pas qu’un logement, c’est aussi ton atelier, ton studio…
Oui, c’est tout en même temps. Parfois je mange dans mes collages… Beaucoup de gens ne seraient pas capables de faire ça. Mais je suis quelqu’un de très organisé. Même si je n’en ai peut-être pas l’air, je suis quelqu’un d’assez strict en fait. Tu vois, mes BD, mon prochain livre, il n’y a rien au hasard. C’est un chaos calibré, si on veut.
Et pour en revenir à l’anarchie, c’est une idée importante pour toi, même si c’est une utopie.
Oui.
Dirais-tu que tu es anarchiste ?
Bonne question… Non, je ne suis pas vraiment à cent pour cent anarchiste. Mais ça dépend de l’idée que l’on se fait de l’anarchie. Pour moi, l’anarchie, ce n’est pas le chaos, il y a des règles. Je ne sais pas. Cela dépendrait de quelle sorte d’anarchie tu parles.
Et toi, alors, de quelle anarchie te sens-tu vraiment proche ?
Je l’appellerais une « anarchie fantasme ». Un rêve onirique de voir tous ces gens s’organiser sans avoir un patron, faire ce qu’ils veulent et tout. Mais comme je te le disais, je pense que la plupart des gens – c’est le côté grégaire – sont insecures, ont des peurs, donc ont besoin d’un patron. Ce n’est pas la cause du système, c’est le résultat. On a besoin de ça.
Et toi, te sens-tu grégaire, ou au contraire es-tu le mouton noir ?
Moi, à m’écouter, je ne verrais jamais personne. Et les alcooliques anonymes m’aident beaucoup pour ça, depuis que j’ai arrêté de boire et que j’y vais régulièrement. Il faut absolument que je voie des gens au moins une fois par semaine. Parce qu’à m’écouter je suis fondamentalement asocial.
Misanthrope ?
Misanthrope, je l’étais. Maintenant, j’aime l’humain. Mais pendant longtemps, je n’étais pas loin d’être misanthrope. Depuis dix ans, ça m’a réconcilié avec tout ça. Parce que moi, il y a dix ans, quand j’ai arrêté de consommer, je ne voyais plus personne. J’étais dans un petit réduit et je passais des semaines sans voir personne.
Et je buvais.
Drogue aussi ?
Non. Cigarettes, alcool.
Tu as arrêté les deux en même temps…
Oui. Je n’ai pas eu le choix.
Mais malgré ce côté isolé, ou solitaire, en revanche, dans ta manière de t’exprimer, tu es jovial, tu es un charmeur…
Oui, j’ai un côté social, depuis toujours.
Donc, tu es quelqu’un qui aime vivre seul, mais quand tu es en société, tu donnes le change…
Oui, mais ça, ça vient beaucoup de ma famille. Ma mère, malgré l’image de quelqu’un de vraiment cool, est en réalité une personne très autoritaire, contrôlante, de sorte que moi, ça m’a amené à être très habile, à dire toujours ce que l’autre veut entendre. J’ai des difficultés à dire non. Parce qu’à elle, quand tu disais non, c’était la guerre atomique. L’équation était : si tu es contre moi, tu es mon ennemi. Tu n’argumentais pas avec elle, jamais. Par conséquent, j’ai déçu beaucoup de gens, parce que mes actions souvent ne correspondent pas à mes paroles. Mais maintenant, je le sais, et j’essaie de faire des efforts. C’est ce que j’ai expliqué à Bolino, parce qu’il disait : ah, on ne te voit plus, tout ça. Là j’ai fait un effort pour venir en France pour les vingt-cinq ans du Dernier Cri. Ça a mis un mois à prendre la décision. Actuellement, à Paris, c’est une orgie de social pour moi. Quand je suis à Montréal, je vais à ma petite réunion des alcooliques anonymes une fois par semaine, puis je vais chez une amie, et j’en ai assez. Après, du dimanche au vendredi, je ne vois personne. Je travaille.
Le travail artistique, c’est obsessionnel…
Oui, c’est une obsession-compulsion.
Tous les jours tu dessines…
Absolument. Et quand j’écoute la télé, c’est que je suis vraiment très fatigué. Et puis, c’est toujours des films, jamais autre chose. Finalement mon univers reste simple et limité.
Et là, en ce moment, as-tu le temps de dessiner ?
Non, là je ne dessine pas. Quand je vais rentrer, je m’y remettrai.
Et voyages-tu beaucoup ?
Ça c’est une autre question, c’est une bonne question. J’ai perdu beaucoup de motivation à voyager. Avant, ça m’excitait, mais j’ai moins de motivation. C’est comme là, avec ce séjour en France, j’ai eu ma dose pour les cinq prochaines années, minimum. Pakito voudrait que je revienne pour un truc à Bordeaux. Il faut que je lui dise : écoute, Pakito, on se revoit dans quelques années. Et puis, on vieillit aussi, tu sais, moi je vais avoir soixante ans. Je m’ennuie de mes pantoufles.
De quel milieu social tes parents étaient-ils issus ?
C’étaient des fils et filles d’agriculteurs qui ont passé leur vie à essayer de faire croire qu’ils n’étaient pas des fils et filles d’agriculteurs. C’est cette génération-là, surtout au Québec. Et eux, c’étaient des gens qui se sont battus pour la création des syndicats. En fait, la société québécoise, si on veut, en 1950, était un peu comme les Français en 1900. Tu sais, la séparation de l’Église et de l’État, les syndicats, tout ça, nous c’est arrivé dans les années 1950. Mes parents, c’est la dernière génération où la religion avait une emprise énorme sur la société du Québec.
Des vrais communistes. Tu disais l’équivalent des communistes…
Il n’y a pas de parti communiste au Québec. Mais la mentalité de mes parents, c’est qu’ils sont très frustrés, par exemple, par tout ce qui s’appelle l’élite bourgeoise, friquée, qui, à leurs yeux, accapare les ressources. En même temps, mes parents ne sont pas des gens qui ont une ouverture d’esprit. Moi, c’est récent qu’ils me considèrent comme un artiste. Avant, ils me disaient plutôt : non, ne perds pas ton temps à dessiner, vas traire les vaches… Mon père et moi, on est complètement à l’opposé du spectre. Lui c’est un comptable qui a subi sa vie tous les jours, qui haïssait la comptabilité, qui haïssait les anglophones, qui haïssait les juifs anglophones. Il était comptable pour des juifs anglophones…
Antisémite ?
Non, pas vraiment antisémite. Je dirais plus : xénophobe. C’est-à-dire que le manque d’ouverture d’esprit les amène à se rapprocher de leur clan et donc à rejeter l’étranger.
Et toi, ça n’a jamais été ton cas ?
Non. Mais sauf que eux, cette génération-là, ils étaient déjà très avancés au niveau de leur pensée sociale par rapport à la norme de leur époque.
Donc ils étaient arriérés pour l’ouverture à l’étranger, mais avancés pour les questions sociales, et ils n’arrivaient pas à faire la connexion entre les deux…
Non, ils ne l’ont jamais faite. Mais il faut dire que le Québec de la fin des années 1950 était très similaire à la décolonisation d’Afrique, c’est-à-dire une population extrêmement jeune qui voulait un morceau de gâteau. Mais le Québec a ceci de particulier, qu’on est des colonisateurs qui ont été colonisés. On est comme dans un oignon, mais au milieu, c’est-à-dire entre le cœur, qui est les autochtones, et les angloaméricains, qui sont extérieurs.
Donc ton père était comptable, et ta mère ?
Elle a fini par travailler comme caissière dans une pâtisserie. Mais le pire, c’est que moi, mon père, je l’ai vu subir sa vie, je l’ai vu subir tout, toute sa vie, mais il n’a jamais pris une seule décision de changer quoi que ce soit. Et c’est ça, moi, que je trouve fascinant. À quel point l’individu peut endurer une situation qui au départ est inconfortable, ou même négative pour lui, et il va préférer endurer ça que de faire le saut pour être libre. Parce que cette sortie, elle est effrayante pour ces gens-là. Mais tout ça, c’est du conditionnement.
C’est le conformisme. Ton père est un conformiste.
Exactement.
Sauf peut-être pour la politique, pour leur engagement.
Leur engagement social, de syndicalistes, était assez exceptionnel pour l’époque.
Et toi, as-tu exercé des métiers salariés au cours de ton existence ?
Oui, au début, quand j’étais jeune. J’ai été préposé aux malades dans un hôpital. Mais moi, mon problème, c’est que j’ai toujours eu beaucoup de difficulté avec la figure paternelle : employeur, propriétaire, même conjoint, de sorte que ça a été le bordel toutes les fois.
Donc, tu es vraiment un anarchiste, au sens propre, tu rejettes toute figure de pouvoir.
Oui.
D’où ta fascination pour les figures d’Hitler et des dignitaires nazis : d’un côté, il y a chez toi une attirance sans doute esthétique, mais, d’un autre côté, c’est en quelque sorte la manifestation extrême de tout ce que tu hais, de tout ce que tu rejettes.
Oui. C’est ça. Mais en même temps, moi, ça me fascine. Surtout qu’en fait, eux, ils ont poussé l’esthétisme assez loin, c’était simple, efficace…
Et l’imagerie de l’Union soviétique ?
Oui. Ils étaient forts aussi. Mais le problème, c’est la moustache de Staline. J’ai beaucoup de difficulté à faire le portrait de quelqu’un qui a une barbe ou une moustache.
Hitler aussi a une petite moustache…
Oui, mais ses amis sont intéressants. Hitler, j’ai fait peu de portraits de lui en fait. Mais j’ai surtout beaucoup trafiqué les autres. Dès qu’il n’y a pas de moustache, moi ça va, mais quand il y a une moustache… Cependant, j’ai un projet de faire un portrait de Staline, depuis longtemps.
Et dans ce cas, les portraits que tu fais, c’est plutôt de la peinture ?
Ce sont des étages. C’est-à-dire que c’est de la peinture, mais pas au sens classique du terme. Par exemple, récemment, j’ai fini quelque chose où l’image est formée par des étages de morceaux de carton, avec le fond du tableau qui est troué.
Tu n’aurais pas le projet de faire un livre uniquement avec des portraits de dignitaires nazis ?
Oui, ce serait bien !
Au Dernier Cri, tout en sérigraphie !…
Oui, je vais faire ça. Tu me donnes une idée. Je vais dire : d’après l’idée géniale de Xavier-Gilles Néret !… Ah ah ah !…
Pour en revenir au travail salarié, tu disais que c’était quand tu étais jeune…
J’ai travaillé aux Foufounes, qui était quand même moins pire qu’un milieu de travail ordinaire. Et je suis devenu sérigraphe, à mon compte. Et maintenant, depuis 2000 à peu près, je suis assisté social, je touche une petite somme.
Et le reste de tes revenus, c’est ton mécène, juste une personne…
Oui, c’est mon mécène. Je pourrais vivre sans lui. Mon B.S. [« bien-être social », l’équivalent du R.S.A.] me le permettrait. Mais disons qu’il me tient la tête en haut de l’eau.
De toute façon, tu n’es pas un grand consommateur…
Non, en effet… Mais j’ai un vélo !…
Tu vis simplement…
Oui, voilà. À l’occasion, je peux claquer mon fric, par exemple, dans du matériel pour peindre. À l’occasion mais rarement. Sinon, réparation du vélo, ou d’autres trucs… Là, je me rends compte qu’en revenant au Québec, il faudrait que je me rachète des fils, pour faire un peu de noise bizarroïde.
Quand tu vois ton avenir, tu vas continuer à dessiner, à faire des livres…
Oui, je ne pense pas que je vais changer vraiment. Je pourrais faire plus de pub, mais pour moi c’est abstrait tout ça. Je vois ça comme une dinde qui pond un œuf, après elle prend le camion pour aller au marché vendre ses œufs. Moi, mon plaisir, c’est de faire le tableau. Une fois qu’il est fait, j’en fais un autre. Je ne prends pas le téléphone. Je ne vais jamais dans les vernissages à Montréal. Ça ne m’intéresse pas vraiment, parce que c’est toute une partie de connexion, de pistonnage. Pour moi, non, c’est abstrait. J’ai l’impression que je vais finir quand même par être reconnu – je le suis déjà un peu –, mais plus tard. C’est sur le long terme cette affaire-là, j’imagine.
Et quant au Dernier Cri, tu te sens assez proche de Pakito, c’est une sorte de frère…
Oui.
Et y a-t-il d’autres gens du Dernier Cri dont tu te sens proche ?
Fredox et Laetitia. Ceux qui ont un peu mon âge en fait. Les plus jeunes, je ne les connais pas. Je viens rarement à Paris. À Montréal, on est tous aux portes de la vieillesse, ceux que je connais ont entre cinquante-cinq et soixante-cinq ans. Il n’y en a pas beaucoup. Il n’y a personne d’autre que moi qui est au Dernier Cri. Certains font de la BD, mais il n’y en a plus qui continuent en fait.
Ils ont arrêté, ils sont passés à autre chose…
Oui. Ou ils vont travailler. Ou j’en connais qui font dans l’art contemporain. Ils gagnent leur vie là-dedans. Mais c’est fini les graphzines trash et tout. Ils font de belles installations…
Des trucs qui se vendent aux institutions…
Exactement.
Et ça, ça ne t’a jamais tenté, toi ?
Non.
L’art contemporain, ça t’intéresse ?
Non. Longtemps j’ai tout rejeté en bloc. Mais à un moment donné j’ai participé avec mes BD à une exposition collective au Québec, dont le thème était très intellectuel, la révolte ou quelque chose comme ça, je ne me souviens plus exactement, et j’y ai vu une installation d’un Sud-Américain qui m’a un peu réconcilié avec l’art contemporain. À partir de déchets il construisait une favela, et il expliquait que plus de la moitié de la population mondiale vivait là-dedans. Depuis je suis moins catégorique. Je prends les œuvres qui passent devant mes yeux un peu à la pièce, c’est-à-dire que soit je ressens quelque chose, soit je ne ressens rien. Je ne peux pas dire aujourd’hui que je rejette complètement l’art contemporain, non, je pense qu’il y a des choses intéressantes.
Et toi, préfères-tu travailler seul ou avec un éditeur ?
Je préfère travailler seul. Si on me le proposait, je ne ferais pas de la commande. Je ne travaillerais pas avec un éditeur qui viendrait me voir pour me dire : fais donc un truc dans ce genre-là… Non. Mais de toute façon, ils ne m’approchent jamais.
C’est-à-dire que l’éditeur est un exécutant de ton travail…
Dans un monde idéal, oui. Mais mon Nitnit, en français, je doute qu’il y ait un seul éditeur qui ose le publier… Pourtant, je pense qu’on a le droit à la satire. C’est un droit. En tout cas, en anglais, Nitnit va être édité. C’est déjà bien.
On le trouvera en France, dans quelques bonnes librairies…
Oui, sûrement, ou sur le web. Mais ça va être un livre rare. Toi, je vais t’envoyer le PDF en français, tu l’auras en électronique.
Mais j’essaierai de trouver le livre, parce que j’aime les livres en papier…
Évidemment. Quand j’ai fini Le Palais dé Champions, je pensais le vendre en livre électronique, mais les gens ne veulent pas les livres électroniques, ils le veulent en support papier.
Oui, c’est mieux ! Et que penses-tu du livre publié par L’Association, Ab Bédex Compilato, qui reprend tes anciens ouvrages en un seul volume ?
Ah, oui, c’est bien. Déjà, j’étais vraiment surpris qu’ils le fassent… Les ouvrages repris sont complets. J’ai peut-être même fait quelques remaniements pour insérer des planches que je n’avais jamais réussi à mettre ailleurs.
Et ce livre est-il diffusé au Canada ?
Oui, il est disponible en librairie. J’espère qu’ils le vendent encore. J’imagine. Je sais que depuis que c’est Killofer, c’est comme une autre affaire, L’Association. Mais tu vois, moi j’étais sûr que mon dernier livre Le Palais dé champions allait passer comme une lettre à la poste, mais non, ils ne l’ont pas édité. C’était Stéphane Blanquet, à un moment donné, qui était supposé le faire. Mais comme je ne suis pas en France pour cogner aux portes… Quoi qu’il en soit, ça ne s’est pas fait.
Et Blanquet, tu le connais bien ?
Oui, Je l’ai rencontré à quelques reprises. Il avait édité une petite plaquette à l’époque de Chacal Puant.
Tu as été bien reçu en France, édité par Le Dernier Cri, Chacal Puant, Sortez La Chienne, L’Association, etc. As-tu pensé t’y installer ?
Oui. Mais le problème c’est qu’avant j’avais l’illusion mais pas la motivation, aujourd’hui, c’est le contraire, j’aurais la motivation mais pas l’illusion. C’est-à-dire que quand j’étais aux Foufounes, c’était plus un fantasme : oui, je voudrais foutre le camp et aller en France, mais quand tu as des enfants, un boulot, tout ça, ce n’est pas évident… Aujourd’hui, je pourrais très bien venir en France et vivre de ce que je fais, mais en même temps, si c’est pour vivre serré à Paris, j’aime mieux rester où je suis, il y a plus d’espace.
Peux-tu me parler des Foufounes Électriques ?
C’est un club de bands, une salle de concert, punk, rock. Un peu comme le CBGB à New-York. De grosseur, je dirais, intermédiaire, pas petite mais moyenne, assez grande. Il y avait presque des concerts sept jours sur sept à un moment. Beaucoup de bands sont passés par là. Un lieu important.
Et toi, que faisais-tu là-bas, à part les affiches ?
J’étais graphiste, je faisais les pubs, les affiches, les designs des tee-shirts, un paquet de trucs. Ce lieu existe encore. Mais la belle période, on l’a connue, je dirais, les dix ou quinze premières années, de 1984 à 1997. Il y a eu une fermeture à un moment donné dans ces années-là.
Y a-t-il eu des livres sur ce club ?
Non, je ne pense pas. C’est le problème du Québec, on n’accorde pas vraiment d’importance à ces choses…
Le graphisme que tu y faisais, c’était intéressant, ou c’était juste pour gagner ta vie ?
C’était intéressant, parce que j’avais semi-carte blanche, je dirais.
As-tu gardé des archives de tes travaux ? Tu as tout ?
Oui.
Donc éventuellement, tu pourrais faire un livre sur cette époque, avec toutes les affiches que tu as faites…
Oui. De ce que moi j’ai fait avec mes designs, parce que j’en ai fait un paquet d’autres à partir des images des bands. Mais eux ont des archives de tous les trucs qui se sont passés, des archives papier. Et moi je trouve dommage qu’ils n’aient pas d’archives visuelles des films. Il y a un mec qui a filmé beaucoup d’événements, mais il garde tous ses trucs pour lui. C’est ça qui est dommage. Moi-même j’ai voulu avoir certains documents, parce que j’ai eu un band de musique, et j’ai joué là-bas, mais ça a été impossible d’avoir quoi que ce soit.
Même avec les artistes, il ne les partage pas…
Non. J’imagine qu’il attend d’aller jusqu’au cimetière avec ça.
Et le pire, c’est que quand ce type va mourir, sa veuve va probablement tout mettre à la benne, comme ça arrive souvent…
Exactement. Tu sais, les archives, c’est fait pour être partagé. Il y a quand même un mec qui compile tout ça, et à un moment donné il m’a demandé ce que j’avais sur les Foufs, et j’ai envoyé toutes mes affiches, tout ce que j’avais de matériel visuel à moi, j’ai tout nettoyé. Il était très content, il ne s’attendait pas à ça. Parce que les affiches sont dans une boîte, au sous-sol, ils s’en foutent un peu, c’est triste. Ils avaient une mine, ils avaient des trucs magnifiques là-dedans. Moi j’ai même eu Kurt Cobain à côté de moi, pendant un après-midi, juste avant qu’il ne devienne célèbre.
Pour finir, une dernière question : quels sont les artistes qui t’ont le plus marqué ?
Moi je te dirais, au départ, dans le désordre, Hans Bellmer, ça a été un choc, et George Grosz… Ensuite il y a Willem, dans la BD, et puis aussi Crumb, évidemment, Hergé, il ne faut pas l’oublier, j’ai un immense respect pour lui, même si c’est un néo-colonialiste d’extrême-droite crypto-gay, il a tous les défauts, mais…
Nitnit, c’est un hommage.
Oui, absolument. Il faut voir ça comme quelque chose fait avec un immense respect, même si l’histoire est terriblement odieuse, mais on ne se surprend pas des répliques dans la bouche des personnages, c’est naturel. Et en même temps, j’ai respecté la structure de l’histoire d’Hergé. Je les connais par cœur les Tintin, presque. Je les ai lus enfant. C’est un grand respect, mais je ne suis pas sûr que tout le monde voit ça de la même façon…
Bellmer et Grosz sont tes deux phares…
Oui, mes deux fortes influences. Quand j’ai vu leurs tableaux, adolescent, je suis resté scotché, Bellmer surtout, avec la sexualité… Ça c’est la classe, Bellmer.
Et est-ce que tu lis ?
Pas beaucoup. Non, malheureusement, je ne suis pas très lecteur. Moi, je regarde les images, comme un enfant…
Xavier-Gilles Néret ‘Graphzine-Graphzone’ 2019
Pour ceux qui veulent voyager au centre de l’histoire graphique underground. “Graphzine Graphzone” est la première étude approfondie consacrée aux graphzines préparée par Xavier-Gilles Néret.
Dessin en hommage à Henriette Valium by Julien Gardon
“Nul n’est prophète en son pays. À part peut-être Ben Laden !“
LE SALON VENDETTA & LE FESTIVAL VENDETTA TA-TA-TA
Chéries Graphies
Sébastien Boistel / Ventilo Magazine no: 476
Après la pause covidienne, le salon marseillais du fanzine Vendetta fait son retour. Et la nique aux censeurs avec un hommage au pilier de l’underground canadien, Henriette Valium.
Sur la porte du Dernier Cri, à la Friche de la Belle de Mai, un écriteau en guise d’avertissement : « Interdit aux moins de 16 ans ». La réalité, deux étages plus bas, serait-elle moins crade, avec ce Pôle Emploi au frontispice duquel un chômeur a inscrit à la bombe « Donnez-moi du travail » ? Au Dernier Cri, en tout cas, on n’en manque pas, l’équipe étant en train d’usiner ferme pour l’ouverture de la neuvième édition du salon marseillais du fanzine et de la microédition, Vendetta, qui se déroulera du 10 et 12 février. Un festival créé en 2013, en marge cette année où Marseille fut éphémère Capitale européenne de la Culture. Et qui, Covid oblige, a dû faire une pause en 2022. Alors, pour son retour, Pakito Bolino, fondateur du Dernier Cri et du salon, met les bouchées doubles. Sans cacher une certaine nervosité. Il faut dire que le climat est loin d’être serein, comme en atteste la polémique qui a entouré l’exposition de Bastien Vivès à Angoulême, puis son annulation. Dans le Monde, une quarantaine d’acteurs culturels ont dénoncé une société au « bord de l’obscurantisme ».
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Video record by Marc Tessier, 2023
After the Covid break, the Marseille salon of the Vendetta fanzine is back. And the picnic to the censors with a tribute to the pillar of the Canadian underground, Henriette Valium.
On the door of the Dernier Cri, at the Friche de la Belle de Mai, a sign as a warning: “Forbidden to under 16s”. Would the reality, two floors below, be less dirty, with this Pôle Emploi on the frontispiece of which an unemployed person wrote in a bombshell “Give me work”? At the Dernier Cri, in any case, there is no shortage of them, the team being hard at work for the opening of the ninth edition of the Marseille fanzine and micropublishing fair, Vendetta, which will take place from 10 and February 12. A festival created in 2013, on the sidelines this year when Marseille was ephemeral European Capital of Culture. And who, Covid obliges, had to take a break in 2022. So, for his return, Pakito Bolino, founder of the Dernier Cri and of the show, is working hard. Without hiding a certain nervousness. It must be said that the climate is far from serene, as evidenced by the controversy that surrounded the exhibition of Bastien Vivès in Angoulême, then its cancellation. In the World, about forty cultural actors have denounced a society on the “edge of obscurantism”.
After the Covid break, the Marseille salon of the Vendetta fanzine is back. And the nick of the censors with a tribute to the pillar of the Canadian underground, Henriette Valium (on the cover of this issue)
Ventilo no: 476 (2023)
Après s’être retourné le cerveau et les pupilles à la Friche, direction donc Data et l’Embobineuse pour mettre ses tympans à rude épreuve.
De quoi rappeler à certains quelques mauvais souvenirs. Alors, pour faire la nique aux censeurs de tout poil, Vendetta va rendre hommage à Henriette Valium, un pilier de l’underground canadien. Qui, nous explique Pakito, « est peut-être celui qui a contribué à ce que le Dernier Cri existe. Alors que j’y faisais les beaux-arts, quand il est venu à Angoulême dans les années 80, je l’ai hébergé. Puis, quand je vivais à Paris, j’ai eu l’occasion d’aller le voir au Canada. Et en voyant son travail, ce qu’il avait réussi à faire, je me suis dit que, moi aussi, je devais monter mon propre atelier de sérigraphie. »
Voilà pourquoi, au quatrième étage de la Friche de la Belle de Mai où, bientôt, pas loin d’une petite centaine d’exposant s’installeront à la faveur d’une pénombre aussi tortueuse que leur production, ça ne chôme pas. Pour reproduire, à l’entrée, la couverture d’une de ses œuvres, Cœur de maman. Ou reconstituer, quasi à l’identique, son atelier ! « À la fi n de sa vie, Valium vivait dans un garage qu’il a lui-même aménagé en glanant ici et là des morceaux de palettes, des bouts de bois. Sa cabane au Canada… »
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Henriette Valium 2015
“At the end of his life, Valium lived in a garage that he built himself by gleaning here and there pieces of pallets, bits of wood. His cabin in Canada…”
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
Henriette Valium & Pakito Bolino, In the memory of good old days – Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
“Is perhaps the one who helped make the Le Dernier Cri exist. While I was studying fine arts there, when he came to Angoulême in the 80s, I hosted him. Then, when I was living in Paris, I had the opportunity to go see him in Canada. And seeing his work, what he had managed to do, I said to myself that I, too, should set up my own screen printing workshop.”
Something to bring back some bad memories. So, to poke fun at censors of all stripes, Vendetta will pay tribute to Henriette Valium, a pillar of the Canadian underground. Who, Pakito explains to us, “is perhaps the one who helped make the Le Dernier Cri exist. While I was studying fine arts there, when he came to Angoulême in the 80s, I hosted him. Then, when I was living in Paris, I had the opportunity to go see him in Canada. And seeing his work, what he had managed to do, I said to myself that I, too, should set up my own screen printing workshop. »
This is why, on the fourth floor of the Friche de la Belle de Mai where, soon, not far from a hundred or so exhibitors will be settling in favor of a penumbra as tortuous as their production, it is not idle. To reproduce, at the entrance, the cover of one of his works, Coeur de Maman. Or reconstruct, almost identically, his workshop! “At the end of his life, Valium lived in a garage that he built himself by gleaning here and there pieces of pallets, bits of wood. His cabin in Canada…”
Henriette Valium, Pakito Bolino & Caro Caron (2019)
Pakito ne cache pas son admiration : « Si c’est la dernière expo du Dernier Cri et la dernière édition de Vendetta, autant fi nir avec un vrai punk ! C’était aussi presqu’un moine, capable de passer des mois sur une planche, des années sur un album. Mais, s’il a été édité en France au Dernier Cri à ou à l’Association, il n’a pas bénéfi cié d’une grosse diff usion au Canada. Comme on dit, nul n’est prophète en son pays. À part peut-être Ben Laden ! »
Et d’espérer que l’expo puisse tourner tandis qu’il fait le tour du chantier. « Ici, on pourra voir ses vidéos. Et là, il y aura la possibilité d’écouter sa musique. Il avait un groupe de punk, Valium et les dépressifs, et on a fait aussi des trucs ensemble, un peu plus indus. Il a commencé la sérigraphie en faisant des affi ches pour des groupes et pour une salle mythique à Montréal, les Foufounes électriques. »
Pakito does not hide his admiration: “If this is the last exhibition of Le Dernier Cri and the last edition of Vendetta, you might as well end up with a real punk!” He was also almost a monk, able to spend months on a board, years on an album. But, if it was published in France at Dernier Cri or at the Association, it did not benefit from a large distribution in Canada. As they say, no one is a prophet in his country. Except maybe Bin Laden! »
And to hope that the exhibition can rotate while he goes around the construction site. “Here we can see his videos. And there, there will be the possibility of listening to his music. He had a punk band, Valium and the Depressives, and we also did some stuff together, a little more industrial. He started screen printing by making posters for groups and for a mythical venue in Montreal, Les Foufounes Electriques. »
Henriette Valium & Pakito Bolino, In the Name Good Old Days – Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / 2023
Le Salon Vendetta & le festival Vendetta ta-ta-ta / Photo by Marc Tessier, 2023
De fait, ce salon ne serait pas ce qu’il est sans son prolongement musical, Vendettatata. Après s’être retourné le cerveau et les pupilles à la Friche, direction donc Data et l’Embobineuse pour mettre ses tympans à rude épreuve. Au programme, entre autres, le son poppunk de Péritel, la noise de Tremble, les machines de Tout Est Cassé ou encore la papesse du synthé bruitiste, Jean-Michelle Tarre.
Mais Vendetta, dans une ville qui, contrairement à Poitiers, n’a pas de fanzinothèque ou de lieu à proprement parler dédié à la microédition, c’est avant tout l’occasion unique de rencontrer la crème du fanzinat. Qu’il soit canadien, québécois… Mais aussi, évidement marseillais, comme Même Pas Mal, Corbak Press ou Bizarroïde Édition.
Sébastien Boistel
Salon Vendetta : du 10 au 12/02 à la Friche de la Belle de Mai (4 rue Jobin, 3e). www.lafriche.org
Vendetta ta-ta-ta : les 10 & 11/02 à Data (44 rue des bons enfants, 5e) et à l’Embobineuse (11 boulevard Bouès, 3e). Rens. : www.lembobineuse.biz
In fact, this show would not be what it is without its musical extension, Vendettatata. After turning your brain and your pupils upside down at the Friche, head to Data et l’Embobineuse to put your eardrums to the test. On the program, among others, the poppunk sound of Scart, the noise of Tremble, the machines of Tout Est Cassé or even the popess of the noise synth, Jean-Michelle Tarre.
But Vendetta, in a city which, unlike Poitiers, has no fanzinotheque or place strictly speaking dedicated to micropublishing, it is above all a unique opportunity to meet the cream of the fanzinage. Whether Canadian, Quebecois… But also, of course, from Marseille, like Even Pas Mal, Corbak Press or Bizarroïde Édition.
Sébastien Boistel
Salon Vendetta : du 10 au 12/02 à la Friche de la Belle de Mai (4 rue Jobin, 3e). www.lafriche.org
Vendetta ta-ta-ta : les 10 & 11/02 à Data (44 rue des bons enfants, 5e) et à l’Embobineuse (11 boulevard Bouès, 3e). Rens. : www.lembobineuse.biz
Henriette Valium: (May 4, 1959 – September 3, 2021), known professionally as Henriette Valium, was a Canadian comic book artist and painter based in Montreal, Quebec. n March 2013, some of Valium’s art pieces were shown at Espace Robert Poulin in Montreal. Valium won the Pigskin Peters Award at the 2017 Doug Wright Awards for his Palace of Champions graphic novel (Conundrum, 2016).
A l’aube du millénaire, à l’aube de ce siècle maudit où la cybernétique, les technologies de l’information et de l’intelligence artificielle ont envahi nos vies et sous couvert de positivisme toutes les valeurs humaines ont été arrogantes, et brutalement élaguées ; sans parler de la défense de l’héritage de la tradition moderniste, dans les bas-fonds de cette vie dite moderne où les jeunes se transforment en poubelles d’internet avec l’intention d’êtreun phénomène de médias sociaux, qu’avons-nous vraiment immanent à la culture écrite ?
“Dans la société postmoderne, où le social se dissout dans le quotidien, la critique de la vie quotidienne inclut inévitablement la critique des structures socio-politiques. Il est important dans ce contexte que le processus objectif, les zones de subjectivité que l’autorité normalisatrice de la consommation n’a pas encore dominées, communiquent sur la base d’une éthique anticapitaliste. Réduire la part de l’objectif, de l’argent, de l’échange et de la consommation dans la vie quotidienne sont des conditions nécessaires à l’émergence d’une subjectivité anti-autoritaire. Une libre anarchie d’émotions, de rencontres, d’intuitions, d’intensités libérées de l’objectivité. Décrypter, évacuer, satiriser et scandaliser les signes du quotidien, qui trouve finalement son expression dans la consommation. Perturbation et perturbation des relations de consommation avec les jeux et la contre-simulation. Mêlant dysfonction, défaitisme et inadéquation avec un enthousiasme anarchique et une créativité face à un quotidien conformiste où tout tient. Exposition critique de tous les pans de la vie quotidienne par des effets aliénants. À la différence de la fugacité des signes et de l’échange, la fugacité des intensités anti-autoritaires se rencontrant sur la base de l’entraide et de la solidarité, qui ne permet pas l’institutionnalisation du consommateur. Ce n’est pas une éphémère qui se vit et s’oublie, mais une éphémère qui porte l’espoir et la possibilité de se retrouver dans un autre espace autonome à l’avenir. Une anarchie qui ne se limite pas à la décentralisation et vise à éliminer toutes sortes de relations de pouvoir, de contrôle, de gestion, d’autorité et de hiérarchie dans la vie quotidienne.”-Sociologue Yaşar Çabuklu
En plus de toute cette médiocrité, on assiste à la germination de nombreuses idées innovantes et mouvements artistiques qui ont pu exister en créant leurs propres espaces indépendants, notamment sur le continent-europe et diverses parties du monde depuis les années 1980. Dans ce contexte, nous ne pouvons nous empêcher de mentionner TIMELESS Edition, qui a contribué à nous faire découvrir ces talents extraordinaires, notamment avec ses trésors culturels écrits uniques.
Genesis Breyer P-Orridge (R.I.P) with her book TRANART (2015)
Yoksa Dadaesk başkaldırı, Sürrealist Devrim ve Sitüasyonist Enternasyonal’in özgürlük düşünü çoktan rafa kaldırıp, kaderimizi sosyal medya algoritmalarına mı bıraktık?!
Bin yılın şafağında, sibernetik, bilişim ve yapay zeka teknolojilerinin hayatımızı istila ettiği, ilerlemecilik (positivism) kisvesiyle insani tüm değerlerin acımasız, küstah ve zorbaca budandığı bu lanetli yüzyılın şafağında, modernist geleneğin mirasına sahip çıkmak şöyle dursun gençlerin bağlantı hızıyla -sosyal medya fenomeni niyetine- birer internet çöpüne dönüştürüldüğü bu sözde modern gündelik hayatın sığlığında, gerçek anlamda yazılı kültüre içkin elimizde ne var?!
“Toplumsal olanın gündelik olan içinde eridiği postmodern toplumda gündelik hayatın eleştirisi, ister istemez toplumsal-politik yapıların eleştirisini de içerir. Nesnel sürecin, tüketimin standartlaştırıcı otoritesinin henüz hâkimiyet kuramadığı öznellik alanlarının, anti-kapitalist bir etik temelinde iletişime girmesi bu bağlamda önem kazanır. Gündeliğin içindeki nesnel olanın, paranın, mübadelenin, tüketimin payının azaltılması anti-otoriter bir öznelliğin oluşabilmesi için gerekli koşullardır. Nesnellikten kurtulmuş duyguların, rastlaşmaların, sezgilerin, yoğunlukların özgür anarşisi. Her şeyin önünde sonunda ifadesini tüketimde bulduğu gündelik hayata ilişkin göstergelerin deşifre edilmesi, anlamlarının boşaltılması, hicvedilmesi, skandalize edilmesi. Tüketim ilişkilerinin oyunla, karşı simülasyonla bozulması, aksatılması. Her şeyin uyduğu konformist bir gündelik hayata karşı işlevsizliğin, bozgunculuğun, uygunsuzluğun anarşizan bir coşku ve yaratıcılıkla birleştirilmesi. Gündelik hayatın tüm parçalarının yadırgatıcı, yabancılaştırıcı efektler aracılığıyla eleştirel teşhiri. Göstergelerin ve değiş tokuşun geçiciliğinden farklı olarak anti-otoriter yoğunlukların tüketimsel kurumsallaşmaya imkân tanımayan, karşılıklı yardım ve dayanışma temelinde buluşmalarının geçiciliği. Yaşanıp unutulan bir geçicilik değil, ileride başka bir otonom alanda buluşma umudunu ve imkânını içinde taşıyan bir geçicilik. Kendini desantralizasyonla sınırlamayan, gündelik hayattaki her türlü iktidar, denetim, yönetim, otorite ve hiyerarşi ilişkisinin ortadan kaldırılmasını amaçlayan bir anarşi.”-Yaşar Çabuklu
Özellikle 1980’lerden bu yana kıta-avrupasında ve dünyanın çeşitli bölgelerinde kendi bağımsız alanlarını yaratarak varolabilmiş, ve halen de varoluş mücadelesi veren bir çok yenilikçi düşünce, alternatif-kültür ve sanat hareketinin filizlendiğini görüyoruz. Bu bağlamda ortaya koyduğu nitelikli eserlerle bizleri bu sıradışı yeteneklerle tanıştıran TIMELESS Edition’a değinmeden edemezdik.
I can’t believe they can’t talk to each other directly… by Shintaro Kago
Or have we already shelved the dream of freedom of the Dadaesquerebellion, the Surrealist Revolution and the Situationist International and left our fateto social media algorithms?!
At the dawn of the millennium, at the dawn of this cursed century when cybernetics, information and artificial intelligence technologies invaded our lives and in the guise of positivism all human values were arrogantly and brutally pruned; let alone defending the legacy of the modernist tradition, In the shallows of this so-called modern life where young people are turning themselves into internet trash -with the intention of being a social media phenomenon-, what do we have truly immanent to written culture?
“In the postmodern society, where the social dissolves into the everyday, the critique of everyday life inevitably includes the critique of socio-political structures. It is important in this context that the objective process, the subjectivity areas that the standardizing authority of consumption has not yet dominated, communicate on the basis of an anti-capitalist ethic. Reducing the share of the objective, money, exchange and consumption in everyday life are necessary conditions for an anti-authoritarian subjectivity to emerge. A free anarchy of emotions, encounters, intuitions, intensities freed from objectivity. Deciphering, evacuating, satirizing, and scandalizing the signs of everyday life, which ultimately finds its expression in consumption. Disruption and disruption of consumption relations with games and counter-simulation. Combining dysfunction, defeatism and inappropriateness with anarchic enthusiasm and creativity against a conformist everyday life where everything fits. Critical exposure of all parts of everyday life through alienating effects. Unlike the transience of signs and exchange, the transience of anti-authoritarian intensities meeting on the basis of mutual aid and solidarity, which does not allow for consumer institutionalization. It is not a transience that is lived and forgotten, but a transience that carries the hope and possibility of meeting in another autonomous area in the future. An anarchy that does not limit itself to decentralization and aims to eliminate all kinds of power, control, management, authority and hierarchy relations in daily life.”-Sociologist Yaşar Çabuklu
In addition to all this mediocrity, we are witnessing the sprout of many innovative ideas and art movements that have been able to exist by creating their own independent spaces, especially in the continent-europe and various parts of the world since the 1980s. In this context, we cannot help but mention TIMELESS Edition, which has been instrumental in introducing us to these extraordinary talents, especially with its unique written cultural treasures.
NAROK group exhibition poster
“Catalogue of the mindblowing and huge exhibition dedicated to the NAROK group exhibition done by Le Dernier Cri in Marseille from Nov 2021 till Feb 2022. This exhibition was initiated by Pakito Bolino after being inspired by ‘NAROK’ photo book by Stephen Bessac and published by Timeless Ed. in 2019.
This book shows the various reinterpretations of Thai hell’s gardens done by a myriad of artists from all over the world. To recreate those hellish visions, they used very different medias such as painting, drawing, screen printing, etching, sculptures, video,… This a state-of-the-art tribute to the mortuary cult and also to Thai popular culture dealing with that subject such as horror mangas.”
NAROK exhibition catalogue, Co-published by Le Dernier Cri and Timeless Editions, 2022
NAROK Exhibition Opening in Marseille, 2021
NAROK exhibition catalogue, Co-published by Le Dernier Cri and Timeless Editions, 2022
NAROK exhibition catalogue, Co-published by Le Dernier Cri and Timeless Editions, 2022
Antoine Bernhart ‘JUJU JINX’, Timeless Editions 2022
Antoine Bernhart’s “JUJU JINX”
Nearly 15 years after his Skull Skool series, Antoine Bernhart returns with Johnny Skull and his brand new skeleton army. But wait, there’s more, much more. The cast of Antoine’s intimate theatre of cruelty features a priapic Elvis, disturbing Wild Ones, sleazy folk bands, fiendish cowboys, shibari masters at their best, an extra-lustful Bettie Page, dead and undead famous rock’n’rollers including the ones Antoine worked for (The Meteors, Tall Boys, The Cramps,…)
Antoine Bernhart ‘JUJU JINX’, Timeless Editions 2022
Antoine Bernhart ‘JUJU JINX’, Timeless Editions 2022
Antoine Bernhart ‘JUJU JINX’, Timeless Editions 2022
The sick and sexy dark ink from Antoine Bernhart
will inevitably cast a spell on you.
Foreword by Nick Garrard of Psychobilly scene fame
The book is available in a standard and different special editions.
Antoine Bernhart ‘PAPIERS HANTÉS’ – Timeless Editions 2022
Antoine Bernhart started to produce automatic drawings in the mid 60s and they were published along with Christian Bernard’s writings in 1968 as a book called ‘H‘.
This book drew the attention of PHASES which was an international art group created by Edouard Jaguer gathering writers influenced by Lautréamont, some Surrealist artists and some from the Lyrical Abstraction movement.
Antoine became a member of this artistic group as soon as his automatic drawings were published in the PHASES magazine (which included collaborators such as Wifredo Lam and Pierre Soulages).
PAPIER HANTÉS is a book compiling recent and older examples of Antoine’s automatic drawings which were exhibited at the MAMCO (Museum of Modern Art of Geneva) as well at Les Abattoirs (Museum of Modern art of Toulouse).
‘PAPIERS HANTÉS’ – Timeless Editions 2022
This extract from the Christian Bernard foreword give us a very good glimpse of the book’s content :
“When Bernhart puts his pen to Bristol board, the lines it will draw are not present in the artist’s mind; they are not lucidly projected. A nascent curve suggests an organic shape which slowly becomes clearer and merges into others which carry it or drown it under their adjacent movements. In other words, the artist welcomes the shapes that appear in the wake of his pen and accompanies them in their maturation and proliferation.”
It’s been long since the last time I gave an update regarding my work… hope you are happy to get some news!
I’m dropping a quick email just to let you know that next week, the 24th of January, I will be launching a Kickstarter Campaign to raise the funds for publishing Lethal Ride, my first videogame for PC and Mac.
I’ve been working on this game in my spare time for more than 3 years and it’s almost ready to be delivered… it just needs your final push!!
I’m going to send you another email with the link to the campaign next Tuesday as soon as it will start… I really hope you wish to support again my work and get yourself a copy of the game.
It would be very helpful if you contribute to the campaign in its beginning… this would allow the project to get noticed by the algorithm of Kickstarter and by so increase our chances for a successful funding!
Faut-il l’ajouter : Olivia est la dessinatrice de BD la plus moderne, la plus en avance, celle dont la sensibilité est la plus aiguë. Il serait temps que les femmes lectrices de BD commencent à s’en apercevoir. Ça vient.
EN 1973, à Actuel, on vit se pointer une jeune fille de dix-sept ans, timide et déjà un peu trop parano, qui amenait des dessins pas possibles, au trait proche de ceux des enfants, avec des scénarii bizarroïdes. Pour certains, dont je fus, il fallut plusieurs histoires pour être convaincus que c’était génial. On la publia. Elle était aux Beaux-Arts avec une bande de mecs qui voulaient tout casser. Ils firent un fanzine dont le retentissement allait être retardé de quelques années, Bazooka. De son coté, la jeune fille créait Loukhoum Breton, qui n’eut qu’un numéro. Le groupe était né, dont elle resta la seule fille.
Olivia Clavel a vingt-cinq ans. Elle a vécu l’aventure bazookienne, ses hauts et ses bas, son délire et ses galères, sa gloire et ses coups durs jusgu’au bout, en 1979. Aujourd’hui, elle travaille seule. On la voit régulièrement dans ce journal et son grand frère Hara-Kiri. De temps en temps, une illustration par-ci par-là. Question albums, il y a toujours l’admirable « Gloria Spontex » (avec Loulou et Kiki Picasso) chez Futuropolis (1977), et le Dernier Terrain Vague vient de publier son premier recueil personnel, la grande saga des aventures de Télé, ce personnage à tête de télévision qui ressemble tant à l’auteur. Titre : Matcho Girl. Pourquoi ? Eh bien, l’ami Berroyer a expliqué qu Olivia était « pédé comme une otarie ».
Faut-il l’ajouter : Olivia est la dessinatrice de BD la plus moderne, la plus en avance, celle dont la sensibilité est la plus aiguë. Il serait temps que les femmes lectrices de BD commencent à s’en apercevoir. Ça vient.
Negative: Olivia Clavel, Matcho Girl
Is it necessary to add it: Olivia is the most modern comic strip artist, the most advanced, the one whose sensitivity is the most acute. It’s time for female comic book readers to start realizing it. It’s coming.
IN 1973, at Actuel, we saw a young seventeen-year-old girl show up, shy and already a little too paranoid, who brought in impossible drawings, with a line similar to those of children, with bizarre scenarios. For some, including myself, it took several stories to be convinced it was great. We published it. She was at the Beaux-Arts with a bunch of guys who wanted to smash everything. They made a fanzine whose impact was going to be delayed for a few years, Bazooka. For her part, the young girl created Loukhoum Breton, which only had one number. The group was born, of which she remained the only daughter.
Olivia Clavel is twenty-five years old. She lived the Bazookian adventure, its ups and downs, its delirium and its galleys, its glory and its hard times until the end, in 1979. Today, she works alone. We see her regularly in this newspaper and her big brother Hara-Kiri. From time to time, an illustration here and there. Question albums, there is always the admirable “Gloria Spontex” (with Loulou and Kiki Picasso) in Futuropolis (1977), and the Last Terrain Vague has just published his first personal collection, the great saga of the adventures of TV, this character television head who looks so much like the author. Title: Matcho Girl. Why ? Well, friend Berroyer explained that Olivia was “fag like a sea lion”.
Is it necessary to add it: Olivia is the most modern comic strip artist, the most advanced, the one whose sensitivity is the most acute. It’s time for female comic book readers to start realizing it. It’s coming.
Olivia Clavel, Bande Dessinée
“Explique toi please !“
O.C. : Je vais faire un petit journal, c’est Loulou Picasso qui va s’occuper de toute la partie technique. Il y aura des crobards, des polaroids, des articles, des interviews, un peu comme un cahier de dessin. Tiré sur offset, ce sera distribué à très peu d’exemplaires. Ce sera pour les filles essentiellement. Je vais faire ça pour le pied ; faire un journal de BD pour gagner de l’argent, c’est dur. Ce qui me permet de gagner ma vie, ce sont mes BD dans Charlie, dans Métal, dans Sandwich. Pas avec ce petit journal. Un regard moderne ou Bulletin périodique, ça ne nous a pas fait vivre, mais en même temps c’était super de faire ça. Et ça a influencé plein de gens…
O.C : I’m going to write a little diary, it’s Loulou Picasso who will take care of all the technical part. There will be crobards, polaroids, articles, interviews, a bit like a sketchbook. Printed on offset, it will be distributed in very few copies. It will be for girls mainly. I’m going to do this for the foot; making a comic book to earn money is hard. What allows me to make a living are my comics in Charlie, in Metal, in Sandwich. Not with this little diary. A modern look or periodic bulletin, it didn’t make us live, but at the same time it was great to do that. And it influenced a lot of people…
Olivia Tele Clavel, Bande Dessinée
Et ça continue… En ce moment, à part Charlie, on ne te voit plus beaucoup dans les Journaux. Tu en avais marre ?
O.C. : J’ai eu une période difficile dans ma vie, Je n’avais pas d’appart’ fixe, j’etais malade. Je produisais peu. Bazooka s’est arrêté, on s’est séparés. On allait mal, on a erré à droite et à gauche. Bon, maintenant, j’ai un appart’, ça repart. J’ai fait une pochette de disque, an groupe de filles suédoises, des filles de dix-huit ans, punks mais sympathiques. Là, je n’ai pas honte ; Kiki Picasso, lui, il avait même fait la pochette de Nicoletta : un peu dur !
Tu ne fais jamais de pub ?
O.C. : Non, je ne peux pas en faire, ce n’est pas une question de morale, c’est pour la simple raison qu’on ne peut me faire de commande. Par exemple, si on me demande de dessiner un rasoir ou un pot de lait, je ne peux pas. Je ne peux faire que ce que j’ai envie. Donc pas de pub. Et en plus, mon dessin n’est pas très pub.
And it goes on… At the moment, apart from Charlie, we don’t see you much in the Newspapers anymore. Were you fed up?
O.C.: I had a difficult time in my life, I didn’t have a fixed apartment, I was sick. I produced little. Bazooka stopped, we separated. We were going badly, we wandered right and left. Well, now I have an apartment, it starts again. I did a record cover, a group of Swedish girls, eighteen year old girls, punks but friendly. There, I am not ashamed; Kiki Picasso, he had even made the cover of Nicoletta: a little hard!
Do you ever advertise?
O.C.: No, I can’t, it’s not a question of morality, it’s for the simple reason that I can’t be commissioned. For example, if someone asks me to draw a razor or a jug of milk, I can’t. I can only do what I want. So no ads. And in addition, my drawing is not very publicity.
Lulu Larsen et Olivia Clavel raccontent brievement Bazooka
Bazooka mag.
Est-ce que tu arrives quand même à t’en sortir financièrement ?
O.C. : Assez mal en ce moment, mais je commence à y arriver. Du temps de Bazooka, on gagnait plus d’argent. Il y avait Libération tous les mois… Mais mon livre va se vendre (rires) ! Et il y a d’autres circuits que le monde de la BD, les filles vont l’acheter…
Tu as l’impression que les filles aiment lire la BD moderne ?
O.C. : La nouvelle génération, genre fille de dix-huit ans, oui.
Je suis pessimiste. J’avais l’impression qu’il y allait avoir une énorme révolution. Dans les débats, dédicaces, ou à An-goulême, quand une fille vient, c’est toùjours pour accompagner son Jules, comme au foot. Avec l’éclatement de la BD, le succès des dessinatrices, Je croyais que ça allait changer, mais non. Depuis dix ans, ça n’a pas bougé d’un poil. Pour la plupart des femmes, le tabou demeure : la BD, c’est pour les enfants et les débiles,. Tu crois qu’on en sortira un Jour ?
O.C. : Oui. Les copines de ma sœur, par exemple, qui ont dix-huit-vingt ans, lisent les BD. Donc, rien n’est perdu (rires).
Olivia Tele Clavel, Bande Dessinée
Do you still manage to get by financially?
O.C.: Pretty bad right now, but I’m starting to get there. In Bazooka’s time, we made more money. There was Liberation every month… But my book will sell (laughs)! And there are other circuits than the world of comics, the girls will buy it…
Do you think girls like to read modern comics?
O.C.: The new generation, like an eighteen-year-old girl, yes.
I am pessimist. I felt like there was going to be a huge revolution. In debates, dedications, or in An-gouleme, when a girl comes, it’s always to accompany her Jules, like in football. With the explosion of comics, the success of designers, I thought that was going to change, but no. For ten years, things haven’t changed a bit. For most women, the taboo remains: comics are for children and the weak. Do you think we’ll get out of it one day?
O.C.: Yes. My sister’s friends, for example, who are 18, read comics. So nothing is lost (laughs).
Olivia Clavel’s “Super Meuf” with participations by Pascal Doury, Jacques Pyon, Keleck, Kiki…
Il y a combien de temps que Bazooka s’est dissous ?
O.C. : Un an-deux ans. Les derniers travaux communs, ça a été le générique de « Chorus » et un journal dans un disque qui s’appelait « la Perversita ». Loulou continue, il vient de faire une expo importante. Lulu Larsen, je ne sais pas bien… Kiki Picasso, ça va très bien pour lui, il est marié, père de famille, il fait de la pub et…
Olivia Clavel, bande dessinée
How long ago did Bazooka disband?
O.C.: One year-two years. The last joint works were the credits of “Chorus” and a diary in a record called “La Perversita”. Loulou continues, he has just done an important exhibition. Lulu Larsen, I’m not sure… Kiki Picasso, things are going very well for him, he’s married, a father, he advertises and…
…
Olivia Clavel, 1980
N’oubliez pas de visiter la fan-page de l’artiste pour plus d’oeuvres et de bandes dessinées:
Antoine Paris is drawing at Maison Alfred Bruneau, photo.by Misha Zavalniy, Paris 2022
“It’s interesting because as in life, chalk drawings are here for a short time, and they go away with the rain. As in the last monologue in Ridley Scott’s Blade Runner « Tears in Rain ».
Antoine Paris is a thirty-five year old French painter, living in Paris since fifteen years, native of the north of France. His work has been exhibited for ten years in London, Berlin, Bruxelles, Stuttgart, Boston, Montreal and Roma. He was born into an artist family: Paris’ father had a little Theatre and he saw many Ionesco and Absurd Theatre, also plays when he was a child.
Antoine Paris creates some transitory chalk drawings in the streets, and sometimes people join to draw with him. He says: “It’s interesting because as in life, chalk drawings are here for a short time, and they go away with the rain. As in the last monologue in Ridley Scott’s Blade Runner « Tears in Rain ».
Artist at work
« C’est intéressant parce que comme dans la vie, les dessins à la craie sont là pour une courte période, et ils s’en vont avec la pluie. Comme dans le dernier monologue du Blade Runner de Ridley Scott « Tears in Rain ».
Antoine Paris est un peintre français de trente-cinq ans, vivant à Paris depuis quinze ans, originaire du nord de la France. Son travail a été exposé pendant dix ans à Londres, Berlin, Bruxelles, Stuttgart, Boston, Montréal et Rome. Il est né dans une famille d’artistes : le père de Paris avait un petit Théâtre et il a vu beaucoup de Théâtre Ionesco et Absurde, également des pièces quand il était enfant.
Antoine Paris crée des dessins à la craie éphémères dans les rues, et parfois les gens se joignent à lui pour dessiner. Il dit : « C’est intéressant parce que comme dans la vie, les dessins à la craie sont là pour une courte période, et ils s’en vont avec la pluie. Comme dans le dernier monologue de Ridley Scott dans Blade Runner « Tears in Rain ».
Grosse Victim Magazine #03
He created a magazine named Grosse Victime Magazine, and he is about to finish the 5th issue. The last one was on the thematic of Blade Runner and has been selected in the great Angoulême International Comics Festival in France. A lot of artists worked on it : Martes Bathori, Lucie Morel, Laure Crubilé, Nikolaï Dumpty… A lot of cool and talented artists. It’s like a collective at large.
His inspiration are George Grosz, Otto Dix, Picasso, Dali, Winsor Mac Cay, Topor, Combas. He loves literature and spend most of his time in bookshops: Baudelaire, Céline, Henry Miller are just a few of his favorite authors. He loves poetry and writes rap songs since he was a teenager, also he has created a Graphic-Poem during first lockdown in France and trying to publish it nowadays. Paris works inspired by everything, especially cinema, music and theatre.
Antoine Paris ‘Dessin’ 2022
Il a créé un magazine nommé Grosse Victime Magazine, et il est sur le point de terminer le 5e numéro. Le dernier était sur la thématique de Blade Runner et a été sélectionné au grand Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême en France. Beaucoup d’artistes y ont travaillé : Martes Bathori, Lucie Morel, Laure Crubilé, Nikolaï Dumpty… Beaucoup d’artistes sympas et talentueux. C’est comme un collectif au sens large.
Exhibition Posters: Un Regard Moderne (2022), Espace Seven Galerie De Vos (2014), l’ Espace Seven, 2013, Paris
Antoine Paris, Dernière toile en date à l’atelier de l’ Espace Seven-Galerie Jacques De Vos, 2013
Art is a Relay Race !
Two of his books and some fanzines/ magazines were published in France : Peau d’encre, a book on a guy who was born tattooed and another one which is complicated to explain, inspirited by Edward Gorey.
He is interested in original forms, the new forms of creation like Burroughs’s cut-up technic. Paris is inspired by Surrealism, but also Dada with George Ribemont Dessaignes, and Cravan « J’étais cigare », Scum Manifesto, Hugo Pratt’s Watercolors, many treasures, and he adds: “Art is a relay race !”
Antoine works with a Belgian group who makes great labyrinths in alternative spaces (with slides, many stairs, hidden bars.) « Hey là bas », he draws for Soldes Almanach. And Devos Gallery in Paris supports his works since ten years, also he works with many bookshops. He makes some pop-up books for « les Libraires associés » which is a hidden bookshop in the north of Paris which is like Ali Baba’s Cavern. I work with L’Officine, a little and cute gallery in Ménilmontant in Paris.
Antoine Paris, penture, 2013
“Quand j’ai commencé à écrire, je ne sais pas où ça va, je me suis laissé aller à chercher le mystère et à suivre mon instinct. Il en va de même pour les toiles et les dessins.”
Deux de ses livres et quelques fanzines/magazines ont été publiés en France : Peau d’encre, un livre sur un mec né tatoué et un autre compliqué à expliquer, inspiré par Edward Gorey.
Il s’intéresse aux formes originales, aux nouvelles formes de création comme la technique du cut-up de Burroughs. Paris s’inspire du surréalisme, mais aussi de Dada avec George Ribemont Dessaignes, et Cravan « J’étais cigare », Scum Manifesto, les Aquarelles d’Hugo Pratt, de nombreux trésors, et il ajoute : “L’art est une course de relais !”
Antoine travaille avec un groupe belge qui fait de grands labyrinthes dans des espaces alternatifs (avec des toboggans, de nombreux escaliers, des bars cachés.) « Hey là bas », il dessine pour Soldes Almanach. Et la Devos Gallery à Paris soutient ses oeuvres depuis une dizaine d’années, aussi il travaille avec de nombreuses librairies. Il fait des livres pop-up pour « les Libraires associés » qui est une librairie cachée dans le nord de Paris qui ressemble à la Caverne d’Ali Baba. Je travaille avec L’Officine, une petite et mignonne galerie à Ménilmontant à Paris.
LES DIEUX DE L’OLYMPE (2013) Réalisation : Boris Chomon et Sun Noh // Avec : Abdel-Rahym Madi, Maxime Berdougo, Sylvère et Antoine Paris // Scénario : Antoine Paris // Prise de son : Boris Chomon // Musique : Eikon
“When I began to write, I don’t know where It goes, I let myself go looking for mystery and follow my instinct. The same goes for canvases and drawings.”
With some friends he made some short films, which were selected by some festival, and showed in great cinemas like St-André-des-arts (lesfilmsducagibi.org).
Avec des amis, il a réalisé des courts métrages, qui ont été sélectionnés par certains festival, et des projections dans de grands cinémas comme St-André-des-arts.
Il est certain que ce jeune artiste, passionnément attaché à la vie, a plus à nous dire avec son art.
Un poète de rue Antoine Paris
It is certain that this young artist, passionately attached to life, has more to tell us with his art.
Detail: Mallie Hellström, Collage on carton, A4, 2022
Her Above Everything*
Mallie Hellström
She come from far, In the wildeness of her life, To reach the optimum, She is protection, Her senses are passion, Fired hearts in a thunderstorm of raw feelings, The universe melts emotions, Let you and her feel like it will be the best last bit of everything.
*Poem for the collage self-titled
Mallie Hellström, Tryptic ‘No.1: Her Above Everything’, ‘No.2: Beauty Dies Last’, ‘No.3: One Step Back Three Steps Forward’ Photo Montage, 2022
Mallie Hellström is a contemporary analog collagist and interdisciplinary artist works in her own studio based in Berlin, Lichtenberg. Mallie is a young artist, but it is possible to come across an intense experience in her art already. She is synthesizing the modernist collage tradition with the surrealist attitude, bringing it to the present day and creating miracles.
She also curates regularly group-exhibitions and art-events such as Karnival Of Arts – that is a three days art-event since 2020 (with focus for flinta artists since 2022), and in solidarity from this year with artistic and cultural associations with social interests.
She has been interested in colors since her early ages, has improved herself by making detailed drawings and posters over time. In the paintings which she creates by releasing the subconscious with surrealist automatic technique, a decorative intensity, a textural elegance, interesting symbols and expressions waiting to be revealed are hidden.
Sie erwarteten nichts und doch, Verwechselten sie Ängste mit Liebe, Die eine Liebe die sie verdienten, Konnten sie sich nicht erfüllen, Um schlussendlich zu realisieren, Es war Ilussion, eine Zeitlang gut, Wieder aufgebaut auf Trümmern, Ihrer einst so tiefen Zuneigung, Lass los, lass laufen, Es wird für beide ein großes Los sein, Was nicht zusammengehört, Wird nie zu etwas unendlichen führen, Vorallem wenn beide so fühlen, Sie bleiben sich trotzdem zugewandt, In ewiger freundschaftlicher Treue, Gehen sie nun Ihre eigenen Wege.
*Poem for the collage self-titled
Mallie Hellström ‘Golden Smog Golden Lungs’ Collage on handmade paper, 22×17,5 cm, 2022
Mallie Hellström, ‘Untitled’ Mixed media collage, 2022
These are not enough for Hellström, with the collage technique she has developed, the artist begins to create touching and critical scenes over time.
Her work honors the Dada aesthetic in the 21st century. Mallie takes the viewer on a tour through many layers of thought and history in her compositions created with the traditional method, these visual poems can also be read as serious paintings that examine many concepts.
She also takes active part in artist collectives and open to receive requests for exhibitions as well collaborations under her Instagram @artbyhellstrm or by email artbyhellstrm @ gmail.com