
Vous aussi, vous vous complaisez dans vos préjugés ? Vous fuyez comme le Covid les groupes français aux noms à coucher dehors, les pochettes de disques camar-guaises et l’humour franchouillard se propageant dangereusement dans des titres de chansons tels que « Passion Saucisse » ou encore « Indochine, j’ai demandé halal » ?
Ne prenez pas encore vos jambes à votre cou et laissez donc sa chance à ce trio d’hurluberlus surexcités. Non, nous n’avons pas affaire ici à un groupe de rock alternatif. Le plus important, avec Adolf Hibou, c’est d’aller outre les blagues consternantes, d’ignorer les interludes débilisants et d’ouvrir les oreilles en grand. Une fois dépassé le triste constat semblant nous indiquer que « cette musique, c’est avant tout un gros délire entre potes, tu vois ?», force est de constater que non seulement ces mecs ont un sacré niveau technique – le guitariste, en particulier -mais qu’en plus de ça, lorsqu’il s’agit de lâcher la purée, ils ne se font pas prier. Quand le tempo s’élève, Adolf Hibou déclenche la foudre comme un Lighting Bolt partousant avec Boredoms. Ça explose dans tous les sens, ça s’égare pour mieux retomber sur ses pattes. Le groove concassé de « Ladyboys Don’t Cry » (sans surprise, ils brillent également en anglais dès qu’il s’agit de trouver un titre en tout point désolant) impressionne, et si ce long morceau avait été amputé de sa longue et si pénible intro, on l’aurait volontiers comparé à un autre groupe français farfelu et malheureusement quelque peu oublié (même si toujours en activité), j’ai nommé Double Nelson. Dommage, également, que l’on comprenne aussi bien les paroles du refrain de « Va chier dans ta mère », car là encore, la ligne de basse – ou de guitare baryton, plus vraisemblablement – tord le cou, alors que l’envolée free qui suit est digne des plus folles embardées des Molécules, la lourdeur et une louchée de sludge en plus. « Roum Roum Ah » se montre tout aussi euphorique, jovial comme savait l’être le Singe Blanc, un autre adepte de l’onomatopée échevelée. Quand le tempo tombe, Adolf Hibou se montre également capable du meilleur, se vautrant dans un doom dissonant mais tout aussi hypnotique. Le chant, quant à lui, navigue entre le dégueulis le plus total et des vocalises se rapprochant parfois du bramement du grand cerf de Kourgane, comme sur ce « Clodo de Boston » répétitif et prenant. Une reprise finalement pas si inattendue de Sun City Girls, « Dreamland », permet de confirmer que ces types ont baigné dans l’expérimental, la no wave et la freeture des groupes de John Zorn, Marc Ribot et Fred Frith. Et puisqu’on parle de rêve, autant signaler que la fin de cet album volontairement bordélique se montre on ne peut plus cauchemardesque, la mélopée de « dream my dream, my dreamy dream, dream my love, rêve ton rêve, rêve mon amour » pouvant légitimement donner des envies de meurtre. Après un tri sélectif nécessaire, Princess Barely Légal se révèle donc un plutôt bon album pour fouetter le sang et vriller le ciboulot. // Ressource: New Noise Magazine, 2022
» head-records.bandcamp.com

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ADOLF HIBOU
‘Princess Barely Legal‘
Do you, too, revel in your prejudices? Do you flee as if from Covid French bands with absurdly long names, Camargue-style album covers, and that brand of “typically French” humor spreading dangerously through song titles like “Passion Saucisse” or “Indochine, j’ai demandé halal”?
Don’t run for the hills just yet; give this trio of hyperactive oddballs a chance. No, we aren’t dealing with an alternative rock band here. The key with Adolf Hibou is to look past the appalling jokes, ignore the moronic interludes, and really open your ears. Once you get past the sinking realization that “this music is basically just a bunch of buddies having a laugh, you know?”, you have to admit that not only do these guys possess serious technical chops that the guitarist in particular, but when it comes time to let rip, they don’t hold back. When the tempo picks up, Adolf Hibou unleashes a storm like Lightning Bolt having a wild party with Boredoms. It explodes in every direction, veering off-course only to land perfectly on its feet. The fractured groove of “Ladyboys Don’t Cry” (unsurprisingly, they also shine in English when it comes to picking a thoroughly dreadful title) is impressive; had that long track been trimmed of its lengthy, excruciating intro, one could easily have compared it to another quirky and sadly somewhat forgotten (though still active) French band: Double Nelson. It is also a shame that the lyrics to the chorus of “Va chier dans ta mère” are so intelligible, because the bassline or baritone guitar line, more likely is a real neck-snapper, while the ensuing free-form flight is worthy of the wildest detours taken by Les Molécules, albeit with added heaviness and a dollop of sludge. “Roum Roum Ah” proves just as euphoric and jovial, reminiscent of Le Singe Blanc, another band fond of unbridled onomatopoeia. When the tempo drops, Adolf Hibou shows they are capable of brilliance here too, wallowing in a dissonant yet hypnotic doom sound. As for the vocals, they range from sheer, guttural spew to vocalizations that occasionally resemble the bellowing of the Great Stag of Kurgan such as on the repetitive and gripping “Clodo de Boston.” A cover of Sun City Girls’ “Dreamland” ultimately not so unexpected confirms that these guys are steeped in the experimental, no-wave, and “freeture” sounds of bands led by John Zorn, Marc Ribot, and Fred Frith. And speaking of dreams, it is worth noting that the end of this deliberately chaotic album is nothing short of nightmarish; the chant of “dream my dream, my dreamy dream, dream my love, rêve ton rêve, rêve mon amour” could quite reasonably drive a listener to murder. After some necessary selective pruning, *Princess Barely Légal* proves to be a pretty good album for getting the blood pumping and scrambling the brains. // Resource: New Noise Magazine, 2022

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