Jurictus + Sam Rictus ‘BlasphemoMagus’ LDC Edition, 2025
As E² Gallery also points out, Sam Rictus gives his drawings the appearance of an encrypted image, forbidden to the uninitiated.
Born in 1980 in Alençon, Sam Rictus has been drawing comics and horror stories since he started out. He enrolled at the Beaux-Arts in Le Mans in 2001 and spent three years there. He was more interested in applied arts, design, and architecture. These years gave him the opportunity to travel and visit places such as the studio of Joep Van Lieshout in Rotterdam. It was also during this time that he formed “Rictus” with one of his friends. Together, they drew large-format, highly detailed images of monumental characters, somewhere between futuristic machines and Gothic architecture. They exhibited little, but produced editions for themselves. In 2005, he discovered screen printing at Pakito Bolino’s Dernier Cri. He painted the mural in his studio in Marseille in May 2007.
Stop-motion animation, assembled from photocopied fragments of my drawings. 2022
His comic book-inspired drawings feature monsters and cyborgs in dense, grandiose black-and-white compositions. Sam Rictus’s universe is dystopian yet grotesque, borrowing from popular culture and mythology in an ancestral process where the imagination of monsters is constantly reactivated, right up to modern creations in manga, video games, and role-playing games. The composition is organic and psychedelic: monsters and landscapes are intertwined in the same hard and liquid matter, where architecture combines with creatures. The artist gives his drawings the appearance of an encrypted image, forbidden to the uninitiated. His graphic style is influenced by the popular culture of the 80s and 90s, metal bands, and album covers by Magma (“Attahk”) and Motorhead (“Orgasmatron”), which captured his imagination from an early age.
Jurictus + Sam Rictus ‘BlasphemoMagus’ LDC Edition, 2025
Jurictus was born in 1981 and lives and works in Alençon. He has lived in Marseille, where he was involved in the underground scene in the Provence-Alpes-Côte d’Azur region, exclusively at Le Dernier Cri. His artistic universe is inspired by Black Metal, with large, monstrous figures based on veiny drawings with multiple spikes and peaks filled with convoluted organs. His images are part of a search for form, with highly detailed arborescent patterns where the eye can get lost in the complexity of the detail. An incantatory drawing that brings forth monsters, chimeras, and a whole universe in which one evolves with patience and determination. Jurictus shows a tormented vision, a permanent chaos where light and hope can spring forth through the gentle and naive appearance of little men and joyful, smiling animals.
“Art continues to pursue its emancipation, and graphic novels continue their metamorphosis by freeing themselves from constraints: constraints of form, format, codes, narration, storytelling, commercial constraints, printing constraints, constraints of expression, drawing, and representation. From an underground perspective, comics published by major publishers are mired in academicism, with narratives and styles that copy each other. What is marginal today will one day be mainstream. A utopia? Or an already well-established movement that is profoundly changing the way artists can invest themselves in books.” –Gabriel Delmas
l’énodation, acrylique sur papier de couleur, 300×220
On le voit, les dessins d’Alexios Tjoyas nous plongent dans l’univers du merveilleux, du surnaturel, de ce qui dépasse nos connaissances rationnelles. Osons le mot : s’appuyant sur leur pouvoir de fascination, ils font le pari de leur propre vertu magique ! L’artiste n’attend pas tant de nous que nous les comprenions dans leurs moindres détails ou que nous les interprétions par le truchement de telle ou telle connaissance pré-requise, mais plutôt que nous les laissions agir.
Johan Grzelczyk, Janvier 2021 /VER(R)UE La Revue n°4
Les dessins d’Alexios Tjoyas ont cette capacité rare de concourir à la complète contemporanéité de leur médium tout en rendant, dans le même temps, hommage à sa très longue histoire. Bien qu’ils soient à l’évidence fortement nourris du passé – de l’art pariétal à la bande-dessinée, en passant par l’illustration – quelque chose en eux indique en effet de manière manifeste leur participation pleine et entière à notre époque. Peut-être cela tient-il à l’appréhension très directe, quasi spontanée que nous en avons. De tels dessins sautent littéralement aux yeux, mettant l’observateur sous l’emprise de l’énergie dont ils semblent irradier. Ils possèdent l’étonnante faculté de capter le regard, de l’aimanter et de le fasciner tout à la fois.
Réalisés à l’encre ou à la peinture acrylique sur papier, les dessins d’Alexios Tjoyas sont parfois augmentés de collages (de calques, de ruban adhésif ou de papiers de natures diverses). Le trait est irrégulier, souvent cranté, parfois même hachuré. D’autres fois, il se fait plus souple, évoluant en volutes ou en rhizomes. De l’entrelacs à la racine aux multiples ramifications, du simple point coloré à l’éclair schématisé, l’alphabet graphique de l’artiste est riche de motifs plus ou moins complexes, tantôt abstraits, tantôt figuratifs. Du point de vue chromatique, ce sont les couleurs primaires qui dominent et la palette est principalement composée de teintes chaudes et vives. Les fonds sont généralement unis ; les figures s’en détachent en amples aplats ou en traits épais de couleurs intenses et contrastées.
Outre cette facture commune à l’ensemble des oeuvres appartenant à la série des Images des Mystères, leur principale caractéristique est précisément l’omniprésence de ces figures qu’elles donnent à observer. Le chien, l’oiseau, la goutte, l’oeil, l’arbre, le cheval (et son fer), la silhouette humaine dénuée de bras (et en position de déséquilibre manifeste) ou encore le masque-visage en sont les sujets centraux, exclusifs et récurrents. Tous font en effet l’objet de plusieurs compositions les représentant en cadre serré, excluant toute forme de contextualisation, de décors ou d’actions clairement définis. Les figures et non les personnages, donc – y sont dépeintes en position généralement passive.
Elles se contentent ainsi d’être, de rayonner et de signifier par leur unique présence. (Re)présenté de la sorte, le chien est à la fois autre chose et bien plus qu’un simple chien. Sa signification excède de toute évidence la catégorie des canidés. Il est élevé au statut de symbole. Encore faut-il ajouter qu’il s’agit là d’un symbole strictement idiosyncratique, c’est-à-dire propre à son auteur et que l’on ne saurait par conséquent interpréter à la manière dont la doxa en propose généralement l’exégèse. Ici, le chien ne guide pas nécessairement les âmes vers le monde des morts, pas plus que le fer à cheval n’est supposé assurer fertilité ou porter chance. L’artiste évolue dans le registre des signes intimes. Ses oeuvres sont énigmatiques, non par défaut, mais par vocation. Elles se refusent à donner à comprendre, elles invitent à interpréter et à imaginer.
En ce sens, les figures de prédilection d’Alexios Tjoyas sont éminemment polysémiques : si elles possèdent bien à ses yeux une ou plusieurs significations, elles peuvent en revêtir d’autres à ceux de l’observateur extérieur. Face aux mystères de la vie et du monde dans lequel nous évoluons, l’artiste a la sagesse de proposer une série d’icônes opérant comme autant de supports aux hypothèses que nous sommes conviés à faire librement à sa suite et non comme prétextes à quelque croyance que ce soit. De ce point de vue, sa démarche n’est pas à proprement parler ésotérique en ce sens que les symboles qu’elle mobilise ne possèdent pas une signification donnée, connue de quelques initiés seulement. Comme le titre complet de la série l’indique – Images des Mystères (être témoin de l’inexplicable) -, ces dernières se contentent de témoigner de la dimension foncièrement énigmatique de notre coiiuiuon eu se gardent bien d’en offrir une quelconque explication.
Pareilles figures nous invitent à élaborer nos cosmogonies privées, à rêver nos propres mythes fondateurs ou annonciateurs. De fait, si comme nous l’avons déjà souligné, elles sont représentées sans aucun contexte (ni prétexte) narratif, si pour le dire simplement elles ne racontent pas d’histoire, elles ont a contrario la capacité d’en évoquer et d’en susciter indirectement.
Elles sont en ce sens comme ces jouets que les enfants aiment à manipuler afin d’inventer leur propre scénario. Allons plus loin encore. De telles icônes ne seraient-elles pas capables – plus encore que de susciter des légendes – de provoquer elles-mêmes des événements ?
Elles sont en ce sens comme ces jouets que les enfants aiment à manipuler afin d’inventer leur propre scénario.
Allons plus loin encore. De telles icônes ne seraient-elles pas capables – plus encore que de susciter des légendes – de provoquer elles-mêmes des événements ? N’ont-elles pas vocation à modifier la réalité? Du reste, ne le font-elles pas déjà dans la mesure où elles nous incitent à nous questionner à ce sujet et donc à remettre en question nos représentations du monde? Plutôt que de simples jouets, ne conviendrait-il pas mieux de les comparer à de véritables fétiches ou à des talismans ?
On le voit, les dessins d’Alexios Tjoyas nous plongent dans l’univers du merveilleux, du surnaturel, de ce qui dépasse nos connaissances rationnelles. Osons le mot : s’appuyant sur leur pouvoir de fascination, ils font le pari de leur propre vertu magique ! L’artiste n’attend pas tant de nous que nous les comprenions dans leurs moindres détails ou que nous les interprétions par le truchement de telle ou telle connaissance pré-requise, mais plutôt que nous les laissions agir. C’est en effet dans leur capacité supposée à influer sur notre façon d’être a u monde que réside leur vérité.
Il est sans doute difficile de dire quand commence exactement le graphzine et quel est le premier objet à mériter cette appellation. Mais, même si rien ne naît de rien, avec Bazooka (principalement animé par Kiki et Loulou Picasso, Olivia Clavel, Lulu Larsen, Bernard Vidal, Ti5 Dur, Jean Rouzaud) et, peu de temps après, avec ESDS (Pascal Doury et Bruno Richard), quelque chose de nouveau a surgi, irréductible à la bande dessinée, à l’illustration, au dessin de presse, à la peinture, etc. Ils ont défriché un nouveau territoire, « une nouvelle conception de l’intervention plastique, questionnant à la fois l’histoire intime, le journalisme et le formalisme plastique de la page » (Alin Avila). Rétrospectivement, ils apparaissent comme les deux sources fondamentales de ce qui allait foisonner de manière polymorphe à partir des années 1980 sous le nom de graphzine.
Ce qui permet par exemple à Frédéric de Broutelles d’affirmer : « Je pense que [le graphzine] a toujours existé. Il y a longtemps que des artistes créent avec les moyens du bord. Il y a tellement de définitions du graphzine sur Internet. Selon moi, un graphzine peut contenir du texte. Il y a de telles différences dans les moyens mis en oeuvre, de la simple photocopie à la gravure. Parfois l’intérêt du contenu prédomine sur la forme. Par exemple, un tract en photocopie peut devenir un objet fabuleux. Certains graphzines étaient impressionnants par leur qualité. Tout procédé d’impression peut présenter un intérêt, qu’il soit noble ou non : linogravure, gravure sur bois, photocopie, sérigraphie, tampon, pochoir… »
Si le graphzine a d’une certaine manière toujours existé, il n’en reste pas moins que Broutelles a contribué parmi d’autres à faire émerger cette notion et ce mot par sa pratique d’éditeur, en créant l’APAAR en 1985 avec Louis Bothorel et Brigitte Lefèvre, en lien jusqu’en 1990 avec l’Atelier (de sérigraphie), lui-même fondé en 1974 par Jack Pesant et Éric Seydoux (un ancien de l’Atelier populaire de l’École des Beaux-Arts en mai 1968). L’APAAR (Association Pour Adultes Avec Réserves, clin d’oeil à l’appréciation de l’Office catholique sur certains programmes dans Télé 7 jours) a publié des affiches et ouvrages en sérigraphie ou en offset avec la crème internationale de l’underground et de jeunes artistes en devenir, notamment Robert Crumb, Gilbert Shelton, Willem, Gary Panter, Mark Beyer, Charles Burns, Savage Pencil, Marc Caro, Bruno Richard, Pascal Doury, Ti5 Dur, Olivia Clavel, Placid, Muzo, Pyon, Lagautrière, Pakito Bolino, Hervé di Rosa, Toffe, Gerbaud, Zorin, Mirka, Pierre La Police, Y5/P5, etc. L’ouvrage collectif Croquemitaine, Spécial Squelette (1985), tout en sérigraphie et à la qualité de fabrication remarquable, est une pièce emblématique de l’APAAR, et plus généralement du graphzine sérigraphié.
Aussi novateur soit-il, le groupe Bazooka s’est nourri d’influences diverses, ainsi que le souligne Kiki Picasso, défenseur du pillage radical : la culture des Beaux-Arts où ses membres étaient étudiants (allant de l’art conceptuel à Veličković, en passant par le constructivisme, le suprématisme ou Paul Klee…), celle de leurs pères respectifs (photographe pour lui-même, peintre pour Olivia Clavel, chauffeur de taxi pour Bernard Vidal, etc.) ; sans oublier les librairies spécialisées, le rock, la bande dessinée, Pilote, Métal Hurlant, Fluide Glacial, Tintin, Walt Disney, « la propagande chinoise et l’esthétique gauchiste fusionn[ant] tout à coup avec l’histoire de la peinture », la culture underground américaine, les premiers Zap Comix et les premiers Corben, les livres de science-fiction, les vieux journaux (Marie-Claire, Paris Match, Life, Stern), etc. « C’était une explosion sensorielle très forte », déclare-t-il.
L’obscur Office national des Inégalités a passé commande à Kiki et Loulou Picasso d’un travail d’investigation graphique sur les images et les messages diffusés par les médias occidentaux. Les deux artistes qui s’étaient volontairement fait oublier pendant quelques années, remettent leur génie à l’ouvrage. Un ouvrage pour la jeunesse, si tant est quelle existe dans notre vieux monde.
Willem, avec son oeil d’aigle, a tout de suite remarqué à l’époque, dans sa « Revue de presse » pour Charlie Hebdo, qu’il se passait quelque chose de nouveau. Les trois premiers numéros de Bazooka Production ne lui ont pas échappé. En janvier 1975, il signalait le numéro 1, Bazooka, comme « un nouveau journal de BD […] totalement différent des journaux connus », bien parti selon lui pour être le « meilleur » de l’année. En avril, il revenait à la charge : « Il y a trois mois j’écrivais qu’il serait étonnant si 1975 verrait [sic] des nouveaux journaux de BD meilleurs que Bazooka. Et voilà c’est fait. Le journal s’appelle LOUKHOUM BRETON […] [qui] est d’ailleurs le 2e n° de Bazooka, qui change de nom à chaque numéro, une façon de rester neuf. » Un an plus tard, pour le troisième, Activité sexuelle : Normale, Willem enfonçait le clou : « Connaître BAZOOKA c’est économiser : après, vous n’achèterez jamais plus le paquet de bandes dessinées à la con que vous lisiez d’habitude. » On ne saurait mieux dire… Et ce n’est pas tout, puisque Willem n’est pas non plus passé à côté du premier numéro d’ESDS, en janvier 1977 : « Le dessin le plus neuf de cette année se trouve dans le journal le plus neuf : ELLES SONT DE SORTIE […], journal entièrement fait à la main, mais il n’est pas marqué qui a fait quoi, donc je ne peux pas vous dire qui est ce dessinateur. Voyez vous-même. »
Bazooka collective, Legerement Destroy episode of L’oeil du cyclone
En schématisant, on peut avancer que Bazooka, dès 1974-1975, a le premier défriché le territoire sur lequel allaient éclore les graphzines, en brisant les conventions narratives de la bande dessinée par le rapprochement ambigu d’images et de textes. Et qu’ESDS en a sans doute inventé à partir de 1977 les formes qui allaient se révéler à la longue être les plus influentes pour de nombreux graphzineurs. « Si Bazooka – écrit Sylvie Philippon en 1986 – s’est donné comme mission d’exorciser l’art par voie de presse, la stratégie graphique d’Elles Sont De Sortie est tout autre. Le groupe travaille discrètement, les images sont plus intimes, mais pas moins subversives. Au réalisme de l’actualité parodiée, détournée de Bazooka s’opposent la démarche autobiographique, le contenu psychologique d’Elles Sont De Sortie. Leurs images parlent essentiellement de sexe, de violence des corps, de leur vie respective. Un plaisir arrogant, viscéral les inonde, une énergie et une facilité à dessiner les parcourent. » Là où Sylvie Philippon parle d’opposition, il serait en réalité plus exact d’évoquer une différence, n’empêchant aucunement la complémentarité, certains artistes des deux groupes ayant en effet souvent collaboré à des publications communes.
Les membres de Bazooka ont fait des ouvrages autoproduits à petit tirage et en marge du système éditorial dominant, notamment leurs premières publications remarquées par Willem, qui peuvent être considérées a posteriori comme des graphzines, le terme s’étant imposé après coup. Mais ce qui différencie les Bazooka d’Elles Sont De Sortie et de tout autre groupe ou individu faisant des graphzines après eux, c’est leur ambition proclamée et finalement réalisée avec un brio incomparable d’intervenir avec leurs images sur le plus de supports possibles, circulant à grande échelle, y compris ceux de la grande presse, afin de les parasiter de l’intérieur. Tel fut le cas, en particulier, dans Libération, à partir de 1977, d’abord en dynamitant la maquette du quotidien par leurs interventions qui firent souvent scandale au sein de la rédaction, avant de se voir offrir, l’année suivante, un supplément mensuel purement graphique, Un regard moderne, dont les six numéros (en comptant Un regard sur le monde) sont désormais cultes aux yeux des amateurs. Ce qui fait dire à Bruno Richard : « La force de Bazooka était médiatique… Putain ! Comment Libération donnait carte blanche à des gens comme ça ?!… Je ne sais pas qui a eu cette idée chez Libération, mais il est fort !… » La série Un regard moderne peut ainsi apparaître comme une manifestation remarquable du monde du graphzine en train de naître, ayant inspiré celui-ci de manière durable, sans pour autant constituer à proprement parler un graphzine, du moins selon la notion courante impliquant une démarche d’autoproduction à tirage plutôt restreint et en marge du système éditorial dominant.
En octobre 1983, Philippe Lemaire soulignait déjà dans le mensuel BàT (#58) la double influence de Bazooka et d’ESDS sur la nouvelle vague graphique qui émergeait alors. « Ce “territoire” a été défriché à la fin des années 70 par un groupe aujourd’hui éclaté dont on commence à mesurer l’impact : Bazooka Production. Ses peintres/ graphistes/dessinateurs ont apporté aux aspirations diffuses des créateurs d’images de leur génération un discours structuré empruntant abondamment à la “langue de bois” des idéologues pour provoquer plus efficacement. Sept ans après avoir expérimenté la “dictature graphique” dans les colonnes de Libération première formule, Kiki Picasso prône toujours “l’occupation des médias, la surveillance de l’art pour promouvoir les travaux de qualité, le renversement des littéraires essoufflés qui accaparent le pouvoir intellectuel”. Plastiquement, Bazooka a su également secouer les classicismes ambiants en utilisant systématiquement des procédés iconoclastes : la récupération d’images déjà diffusées (photos de presse), la combinaison de toutes les techniques disponibles, de la peinture à l’huile jusqu’à la photocopie, l’usage de couleurs décalées par rapport à la réalité, etc. » Quant à ESDS, « l’autre groupe/courant considéré comme novateur ces dernières années, le duo Bruno Richard-Pascal Doury», le journaliste précise, dans ce même article : « Leurs images sont marginalisées dans la mesure où ils refusent d’en vivre (l’un est directeur artistique dans une grande agence de pub, l’autre maquettiste à Libération et tous deux peignent à leurs heures de “loisir”). De plus, leurs thèmes favoris illustreraient difficilement un message commercial : ils dérivent entre la “relecture” d’images pornographiques et la construction de fresques visionnaires où abondent les souvenirs et les références à l’enfance. Parfois, leurs deux styles se mêlent dans de véritables compositions collectives. »
Placid (Jean-François Duval), qui participa avec Muzo (Jean-Philippe Masson) à l’effervescence du graphzine dès le début des années 1980, et qui est un éminent collectionneur et connaisseur de ces publications, a lui aussi été marqué par Bazooka et Elles Sont De Sortie. « J’ai rencontré Muzo – m’a-t-il confié – aux cours du soir des Beaux-Arts de Caen lorsque nous étions lycéens. Nous nous sommes parlés parce que nous aimions bien la bande dessinée, Charlie Mensuel, L’Écho des Savanes, Francis Masse et tout ça. C’était aussi le début de Métal Hurlant. J’allais à La Licorne, une librairie de Caen un peu contestataire avec un étage spécialisé en bande dessinée. On y voyait arriver tout ce qui sortait, même les choses assez pointues. Un jour, en allant voir si le dernier Métal Hurlant était arrivé, je suis tombé sur Activité sexuelle : Normale, le premier zine de Bazooka que j’ai lu. C’était en 1976, j’avais quinze ans et j’ai été très impressionné. Bazooka, c’était un style nouveau, inattendu. Ça m’a un peu choqué. Pas tant l’imagerie sexuelle ou pédophile que le traitement graphique. Par exemple, il y a une image de Kiki Picasso avec une jeune fille en uniforme qui joue de la flûte, et un fil va de sa flûte à ses yeux. Cela produisit immédiatement sur moi un étrange effet répulsif. Mais quelques semaines plus tard, ça ne me choquait plus, j’étais entré dedans. Très vite, j’ai vu leurs interventions dans Charlie Mensuel, dans Métal Hurlant, puis dans Libération. Je me suis même rendu aux archives de ce quotidien, bien avant de m’installer à Paris en 1981 en tant qu’étudiant aux Arts Déco, pour fouiller et acheter tous les numéros où il y avait du Bazooka, afin de les découper et de les conserver. Peu de temps après, j’ai vu aussi les premiers zines d’Elles Sont De Sortie dans cette même librairie, La Licorne. Je me suis un peu calmé maintenant, mais à l’époque je dépensais les sous que je n’avais pas pour acheter toutes ces choses imprimées… J’ai trouvé leur boulot, aux uns et aux autres, très fort. J’étais particulièrement impressionné par celui de Bruno Richard, qui a alors beaucoup influencé mon style graphique. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui ont imité Bruno Richard dans leurs premiers graphzines !… Sans Bazooka et Elles Sont De Sortie, nous n’aurions 25sans doute pas pris les pseudonymes de Placid et Muzo pour créer à l’âge de vingt ans une publication modeste imprimée en photocopie que nous déposions en quelques exemplaires dans des lieux de vente parisiens. Aux Arts Déco où j’étais étudiant, j’ai pu faire des couvertures dans l’atelier de sérigraphie. Nous invitions d’autres dessinateurs et avons publié huit numéros, qui ont circulé dans ce réseau nommé un peu plus tard “graphzine”, le mot n’existant pas encore au tout début des années 1980. »
Je pourrais multiplier indéfiniment les témoignages des graphzineurs à propos de l’importance de Bazooka et d’ESDS. Finissons sur ce point avec Dominique Leblanc, qui a vécu le phénomène depuis Strasbourg (Peltex #1 date de décembre 1981) et apporte un éclairage intéressant. Tout en reconnaissant la puissance de rayonnement du premier groupe, il la relativise quelque peu au profit du second et d’une multitude de tentatives souvent passionnantes elles aussi, bien que davantage restées dans l’ombre : « L’invention du graphzine date d’avant Bazooka. Même dans les années 60, il y avait beaucoup de revues hippies/situationnistes. Bazooka, phénomène très parisien et néo-punk, a attiré la lumière. En outre, Bazooka avait certes la quintessence de l’esprit graphzine – c’est-à-dire un mélange dadaïste de dessins hétérogènes et de textes, des typographies percutantes, un discours arty, etc. –, mais ils avaient aussi la grosse artillerie des imprimeries du journal Libération derrière eux, ça aide ! Un regard moderne, c’est une fabrication industrielle, et leurs planches dans divers magazines aussi… Je ne dirais pas que c’est un produit marketing, mais certains l’ont vu et pensé comme tel, notamment ceux qui l’ont financé. Ce n’est pas une critique, je suis un fan absolu de Ti5 Dur. Plus généralement, autant j’apprécie Bazooka, autant je regrette que dans la plupart des livres traitant du sujet des revues graphiques ce groupe soit surreprésenté, et que l’histoire s’arrête à eux au détriment des autres revues. Alors que quand j’ai commencé, dans les années 80, Bazooka était déjà une histoire terminée… Emblématique, certes, mais ESDS a eu un rôle bien plus important dans le phénomène des graphzines, sans oublier les sérigraphes de ZUT Production (Bruno Charpentier & Bruno Bocahut : Dusex), et encore Y5/P5, Francis Desvois (0+0 = la Tête à Toto), Pakito Bolino, Jocelin (Amtramdram), Didier Moulinier (LPDA – La Poire d’Angoisse, Tuyau), Sébastien Morlighem (S2 L’art), El Rotringo (Sortez la chienne !), Krabs, j’en passe… Le repère, le phare, c’est toutefois Bruno Richard s’il en fallait un, et dieu sait que l’histoire de l’art le traite mal !!… » S’il est difficile de nier que Bazooka et ESDS inaugurent par diverses voies l’aventure du graphzine, il serait dommage que le premier groupe apparaisse, par l’entremise des historiens patentés de l’art et autres commissaires, comme l’arbre qui cache la luxuriante forêt des graphzines.
Précisément, qu’est-ce qui a émergé au milieu des années 1970, que l’on appelle désormais graphzine, et qui se perpétue aujourd’hui encore sous différentes formes ? D’où viennent le charme singulier et l’aura paradoxale de ces objets graphiques à fonds perdus, selon la formule de Toffe ? Pour esquisser une réponse à ces questions, il importe de saisir quelques enjeux, historiques et conceptuels, du graphzine. À cet effet, je me suis appuyé autant que possible sur des propos de ses praticiens, inédits ou peu accessibles. Seule une approche polyphonique conférant une dimension chorale à ce livre pouvait en atténuer le caractère nécessairement partiel.
Le Dernier Cri fête ses 25 ans- Formula Bula 2018. Quoi de mieux que de fêter Le Dernier Cri sans images! Juste un bon gros son un peu crade! Le casque est chaudement recommandé pour écouter cette interview de Pakito Bolino par Jean-Pierre Dionnet. Enregistré à la galerie Arts Factory le samedi 22 septembre 2018.
Ce texte est un court extrait du livre de Xavier-Gilles Néret : Graphzine Graphzone, coédité par Le Dernier Cri et les Éditions du Sandre en 2019. Ce livre, achevé pour l’essentiel en janvier 2016, était dédié à Jacques Noël (1946-2016), qui en fut le premier lecteur.
Pol Edouard ‘Super Bagarre de Rue 2 Turbo’ 80x50cm, mixed media on paper, 2020
« Lorsque je pense à un monde post-apocalyptique, je m’inspire de l’Antiquité, car l’état d’esprit des gens de l’époque est très proche du nôtre »
La fin des temps est devenue un thème récurrent dans le paysage médiatique, qu’il s’agisse de l’angoisse climatique ou de l’agitation sociopolitique. La notion d’apocalypse (et les êtres qui vivent pour y survivre) n’est pas nouvelle, bien sûr. En fait, la prophétie de tels événements fait l’objet de discours depuis des millénaires. « Lorsque je pense à un monde post-apocalyptique, je m’inspire de l’Antiquité, car l’état d’esprit des gens de l’époque est très proche du nôtre », explique l’artiste français Pol-Edouard.
Illustrer L’apocalypse dans une Gloire Rétro Ultra-saturée
Basé à Paris, les scènes dystopiques de Pol mettent souvent en scène des personnages tels que Blade, Terminator et Xena dans un affrontement pour la survie. Réalisé en grande partie au marqueur sur papier, son travail se rapproche des originaux – à savoir cette ambiance glitchy et rétro-futuriste qui est devenue si emblématique des années 80 et 90 – mais d’une manière hypnotique, vertigineuse, humoristique et carrément apocalyptique. « Tout comme les peintres d’autrefois représentaient la mythologie et la Bible, parce qu’il s’agissait de thèmes communs,» explique Pol, « le cinéma construit aujourd’hui notre univers commun. »
Pol Edouard ‘Gangs of Paris’ 2023
“When I think of a post-apocalyptic world, I draw inspiration from antiquity because the mindset of people then is very close to our own,”
The end times have become a recurrent theme within the media landscape — from climate angst to socio-political unrest. The notion of the apocalypse (and the beings who live to survive it) is nothing new, of course. In fact, the prophesying of such events has been the topic of discourse going back millennia. “When I think of a post-apocalyptic world, I draw inspiration from antiquity because the mindset of people then is very close to our own,” tells French artist Pol-Edouard.
Illustrating the Apocalypse in Ultra-saturated Retro Glory
Based in Paris, Pol’s dystopian scenes often pit characters like Blade, Terminator and Xena in an ass-kicking showdown for survival. Largely made using marker on paper, there is a quality about his work that lends itself to the originals — namely that glitchy, retro-futuristic vibe that has become so emblematic of the ‘80s and ‘90s — but done so in a way that feels hypnotic, dizzying, humorous and downright apocalyptic. “Just as painters in the past depicted mythology and the Bible, because those were common themes,” Pol tells, “today, cinema constructs our shared universe.”
On top of his own toys and print releases, Pol has had his hand in a number of collaborations over the years, including a Terminator 2 capsule with Brain Dead. His work, much like the LA-based lifestyle label, is amusing but contains dense undertones ties to a number of sub-cultural communities, such as retro action films to apocalyptic video games, such as Final Fantasy VII, which will see the second part of its remake drop next month.
Le mauvais oeil #69: ITW avec Pol-Edouard et encore une bonne dizaine pour voir son exposition dans les ateliers du Dernier cri.
« Lorsque je pense à un monde post-apocalyptique, je m’inspire de l’Antiquité, car l’état d’esprit des gens de l’époque est très proche du nôtre »
Pouvez-vous décrire votre dernière exposition, TRIPLE IMPAKT, et le livre correspondant que vous allez inaugurer cette semaine à Marseille ?
TRIPLE IMPAKT est une exposition au studio du Dernier Cri. Elle rassemble une grande partie de mes dessins de ces dernières années. Il y a beaucoup de dessins au feutre et de dessins où je mélange le feutre et l’aérographe. Les thèmes abordés dans le livre et l’exposition sont ceux que j’affectionne toujours particulièrement, comme les cyborgs, les femmes armées, etc.
Y a-t-il une histoire derrière cette série particulière et en quoi votre dernière exposition diffère-t-elle de vos travaux antérieurs ?
Ce qui est intéressant, c’est que, parallèlement aux dessins originaux exposés, j’ai réalisé des dessins pour la sérigraphie. Ceux-ci ne sont pas affichables car ils ne sont pas sur une seule feuille mais séparés par couleur (une couleur par feuille). Ensuite, grâce à la sérigraphie, les couches peuvent être superposées pour révéler le dessin final. C’est un projet qui s’étend sur deux ans, et tous ces dessins sont inclus dans le livre qui porte le même nom que l’exposition. Je juxtapose mon travail sur les dessins originaux avec les dessins sérigraphiés du livre, créés simultanément.
Pol-Edouard, Exposition d’estampes et d’originaux Sortie officielle du livre aux éditions du dernier cri
Can you describe your latest exhibition, TRIPLE IMPAKT, and the corresponding book you’re going to open this week in Marseille?
TRIPLE IMPAKT is an exhibition at the Dernier Cri studio. It brings together a large part of my drawings from recent years. There are many marker drawings and drawings where I mix felt-tip pen and airbrush. The themes addressed in the book and the exhibition are those I always particularly enjoy, such as cyborgs, armed women, etc.
Is there a story behind this particular series and how does your latest exhibition differ from your past work?
What’s interesting is that, parallel to the original drawings exhibited, I produced drawings for screen printing. These are not displayable as they are not on a single sheet but separated by color (one color per sheet). Then, through screen printing, layers can be superimposed to reveal the final drawing. It’s a project spanning over two years, and all these drawings are included in the book with the same name as the exhibition. I am juxtaposing my work on the original drawings with the screen-printed drawings from the book, created simultaneously. (Resource: Hypeart)
Pol Edouard ‘Triple Impakt’ LDC Edition, 2023
TRIPLE IMPAKT!
Pol-Edouard (Detail)
C’est la guerre des amazones, désirent-elles vraiment tuer tous les hommes de ce monde ou juste leur faire peur ?
Pol-Edouard, né en 1984 à Paris, a suivi des études d’art et d’illustration. Le directeur de la section lui transmet sa passion pour la renaissance lors d’un voyage en Italie. Il prend des cours de modèle vivant qui vont l’influencer à placer le corps humain au centre de ses recherches. Interné en hôpital psychiatrique à plusieurs reprises, son état se stabilise en 2017. Depuis, il développe sa pratique à travers divers médiums comme la peinture, la sérigraphie, la gravure et l’édition de fanzines.
Il dessine des motos, des gros flingues et des meufs baraquées. S’inspirant du cinéma hollywoodien des années 80, il peint des scènes d’action. Il réintroduit dans ses illustrations les thèmes et les éclairages multicolores en référence à ses films cultes. Dans la lignée de l’art brut, son style trash interfère. C’est la guerre des amazones, désirent-elles vraiment tuer tous les hommes de ce monde ou juste leur faire peur ?
Image dessinée pour l’espace libre du journal Le Monde – 2015 / technique : acrylique + encre de couleur – format : 15,8 x 22,8 cm
“Je mets en vente une sélection de dessins, oeuvres originales sur papier réalisées et publiés dans la presse, l’édition, la communication entre 2021 et 2003. Me contacter par MP pour les prix et autres renseignements.” -Alexios Tjoyas
Image dessinée pour l’espace libre du journal Le Monde – 2015
“Drawings for sale, original artwork on paper made and published in media, publishing, and communication between 2021 and 2003. Check me by MP for prices and other information.” -Alexios Tjoyas
Dessin de commande pour les Quinconces & L’Espal, Scène nationale du Mans – 2021 / technique : acrylique + encre de couleur – format : 19,5 x 19,5 cm
Illustration pour Aux Origines du Monde (Albin Michel) – 2004 / acrylique – format : 19,2 x 25,2 cm
Illustration pour une nouvelle de Sherman Alexie – The New Yorker – 2009 / acrylique + encre de couleur – format : 18 x 18 cm
Un détail différentiel pour la publication finale. Sauras-tu le trouver ?
Dessin publié dans le journal Le Monde / Série L’aimant du langage – été 2015 / technique : acrylique + encre de couleur + collage – format : 11 x 18,5
Dessin publié dans le journal Le Monde / Série L’aimant du langage – été 2015
Dessin pour The Parisianer, – 2013 / technique : acrylique + encre de couleur sur papier cartonné – format : 34,5 x 45 cm
Dessin pour The Parisianer, – 2013
Dessin publié dans le journal Le Monde / Série L’aimant du langage – été 2015 / technique : acrylique + encre de couleur – format : 11 x 20 cm
Dessin publié dans le journal Le Monde / Série L’aimant du langage – été 2015
Illustration pour L’OBS – 2018 / technique : acrylique – format : 12 x 16 cm
Illustration pour Aux Origines du Monde (Albin Michel) – 2004 / acrylique – format : 18,2 x 20,4 cm
Illustration pour Aux Origines du Monde (Albin Michel) – 2004
Dessin publié dans le journal Le Monde / Série L’aimant du langage – été 2015 / technique : acrylique + encre de couleur – format : 10,5 x 14 cm
Dessin publié dans le journal Le Monde / Série L’aimant du langage – été 2015 / technique : acrylique – format : 12,5 x 17,6 cm
Dessin publié dans le journal Le Monde / Série L’aimant du langage – été 2015
Dessin pour l’affiche de la tournée européenne de DJ Mitmitta – septembre 2019 / technique : acrylique, collage sur papier couleur – format : 21 x 30 cm
Dessin publié dans le journal Le Monde / Série L’aimant du langage – été 2015 / technique : acrylique + encre de couleur – format : 12 x 18 cm
Dessin publié dans le journal Le Monde / Série L’aimant du langage – été 2015 / technique : acrylique + encre de couleur – format : 12 x 18 cm
Dessin publié dans le journal Le Monde / Série L’aimant du langage – été 2015 / technique : acrylique + encre de couleur – format : 12 x 21 cm
Dessin publié dans le journal Le Monde / Série L’aimant du langage – été 2015
“Je dessine des images jamais loin des grands arbres. Ils m’inspirent des visions sauvages, de la pulsion de vie, en lisière de mondes désespérément violents. Mes images dessinées sont des histoires aux couleurs vives : c’est mon côté direct. Mon trait noir est cranté, mais il peut tout aussi bien être sinueux et rouge. il est mon meilleur ami, mon meilleur animal de compagnie. Je ne laisse personne voir tout, immédiatement, de ce que contiennent mes images en un seul regard. Je façonne des mondes polysémiques. Mes images sont préoccupées par le langage de signes de certains fantômes et la rupture avec d’autres. Mon idéal est la fructification des gestes. Je suis né sur les hauts plateaux d’Éthiopie, à Addis Abeba, dans une famille grecque et éthiopienne. Actuellement, je vis auprès d’une grande forêt, au sud de la Sarthe, en France.”
Dessin pour l’affiche d’un concert de Jazz Libre – décembre 2019 / technique : acrylique + collage papier couleur – format : 21 x 29,7 cm
Dessin publié dans le journal Le Monde / Série L’aimant du langage – été 2015 / technique : acrylique + encre de couleur – format : 12,5 x 24 cm
Dessin publié dans le journal Le Monde / Série L’aimant du langage – été 2015
Dessin publié dans le journal Le Monde / Série L’aimant du langage – été 2015 / technique : acrylique + encre de couleur – format : 10,5 x 14 cm
Dessin publié dans le journal Le Monde / Série L’aimant du langage – été 2015
Dessin publié dans Libération / supplément spécial Festivals – été 2003 / acrylique + encre noire – format : 12,5 x 15 cm
Dessin publié dans Libération / supplément spécial Festivals – été 2003 / acrylique + encre noire – format : 13,7 x 19,2 cm
“I draw pictures never far from big trees. They inspire me with wild visions, instinct of life, on the edge of desperately violent worlds. My drawn pictures are stories in lively colors : this is my direct side. My thick and notched black line can as well be red and sinuous. It is my best friend, my best pet. I don’t let all that is contained in my pictures to be seen in a single look. I shape polysemous worlds. My pictures are troubled by the sign language of some ghosts and the break with others. My ideal is the fruiting of gestures. I was born and raised on the highlands of Ethiopia, in Addis Ababa, in a Greek and Ethiopian family. At present, I live next to a big forest, in the Southern part of Sarthe in France.”
Illustration pour Aux Origines du Monde (Albin Michel) – 2004 / acrylique – format : 15 x 15 cm
Il est temps de commencer à donner plus de place à la musicalité noise de Pakito Bolino, que la plupart d’entre nous connaissent pour ses peintures, dans les pages de notre magazine. Merci beaucoup à Pakito Bolino d’avoir partagé avec nous ce savoureux bruit âpre qu’il a interprété lors du vernissage de l’exposition Pol-Edouard à la Friche la Belle de Mai, Marseille.
Rituel pour invoquer les démons de la 5ème dimension
BoLİNOiZ !!
Méditation Cabal Profonde
Devil on da beat !!
It’s time to start to give more space to the noise musicianship of Pakito Bolino, whom most of us know for his paintings, in the pages of our magazine. Thank you so much to Pakito Bolino for sharing this tasty harsh noise with us that he performed at the opening of the Pol-Edouard exhibition at Friche la Belle de Mai, Marseille.
Pakito Bolino is a French artist, draftsman and publisher, born in 1964 in Nîmes. After studying at the School of Fine Arts in Angoulême, Pakito Bolino moved to Paris where he founded in 1993 the Le Dernier Cri editions in Ris-Orangis after having trained in the screen printing workshop. In 1995 the Éditions du Dernier Cri set up shop in Marseille, at the Friche la Belle de Mai. Pakito Bolino is the author of many works (graphics, sound, animations…) mainly published in Dernier Cri. He is also a musician, videographer and curator. To date, he has published more than 440 artist books, more than 200 posters, two magazines (Le Dernier Cri, Hôpital Brut), records and 5 animated films.
Kapreles, drawing for Hopital Brut 9
LES RELIGIONS SAUVAGES: Bonus, 2004
HOPITAL BRUT
ALERTE ROUGE / RED ALERT TODAY
FAIT A LA MAIN PAR LES ESCLAVES DU DERNIER CRI / HAND MANUFACTURED BY DERNIER CRI SLAVES
QUELQUES ANNÉES DE CRISES MYSTIQUES PLUS TARD / A FEW YEARS OF MYSTIKAL CRISIS LATER
MÉDIA PARIA-CULTURCIDE
L’HOPITAL BRUT VOMIT SON CORTÈGE DE CAS CLINIKES / HOSPITAL VOMIT FINALLY ITS CORTEGE OF CLINICAL CASE
LE MAL GAGNE!/ EVIL GAINS !
PROPAGATION DU TRAIT SUTURE / VACUUM INNOVATION IS A LIE
L’ADULATION À LA NOUVEAUTÉ EST UN MENSONGE FIN DE SIÈCLE
HOPITAL BRUT N’OBTIENT QUE CE QU’IL CHIE / HOSPITAL BRUT OBTAINS ONLY WHAT HE SHITS
HOPITAL BRUT CROIT EN L’ACTION PURIFIGRAFIKE / HOSPITAL BRUT BELIEVE IN THE GRAFIK PURIFIACTION
HOPITAL BRUT ÉLIMINE LES TACHES D’AUTOCENSURE / HOPITAL BRUT ELIMINATES THE SPOTS FROM SELF-CENSORSHIP
TSUNAMI D’IMAGES DERNIER CRI ! HOPITAL BRUT N’A PAS A ETRE BEAU / HOSPITAL BRUT DOES NOT HAVE HAS TO BE NICE
C’est la guerre des amazones, désirent-elles vraiment tuer tous les hommes de ce monde ou juste leur faire peur ?
TRIPLE IMPAKT!
Pol-Edouard, Exposition d’estampes et d’originaux Sortie officielle du livre aux éditions du dernier cri
Pol-Edouard, né en 1984 à Paris, a suivi des études d’art et d’illustration. Le directeur de la section lui transmet sa passion pour la renaissance lors d’un voyage en Italie. Il prend des cours de modèle vivant qui vont l’influencer à placer le corps humain au centre de ses recherches. Interné en hôpital psychiatrique à plusieurs reprises, son état se stabilise en 2017. Depuis, il développe sa pratique à travers divers médiums comme la peinture, la sérigraphie, la gravure et l’édition de fanzines.
Il dessine des motos, des gros flingues et des meufs baraquées. S’inspirant du cinéma hollywoodien des années 80, il peint des scènes d’action. Il réintroduit dans ses illustrations les thèmes et les éclairages multicolores en référence à ses films cultes. Dans la lignée de l’art brut, son style trash interfère. C’est la guerre des amazones, désirent-elles vraiment tuer tous les hommes de ce monde ou juste leur faire peur ?
Fin septembre à la Friche de la Belle de Mai chez l’infatigable Pakito Bolino.
TRIPLE IMPAKT!
TRIPLE IMPAKT!
POL EDOUARD, LDC Edition 2023
Pakito Bolino, 1964 Nîmes doğumlu Fransız sanatçı, ressam ve yayıncı. Angoulême Güzel Sanatlar Fakültesinden mezun olduktan sonra serigrafi alanında kendini geliştirir ve 1993 yılında Paris’e taşınarak Ris-Orangis’te atölyesini ve kendi markası olan Le Dernier Cri’yi kurar. 1995 yılında ise Marsilya’da Friche la Belle de Mai‘de LDC için bir mağaza açar. Pakito Bolino, ağırlıklı olarak Dernier Cri’den yayımlanan birçok eserin (grafik, müzik, animasyon…) yaratıcısıdır. Aynı zamanda müzisyen, kameraman ve küratördür. Bugüne kadar 440’tan fazla sanatçı kitabı, 200’den fazla afiş, 2 adet antoloji (Le Dernier Cri, Hôpital Brut), bir çok plak ve 5 animasyon filmi yayınlamıştır.
detail: Marine Perraudin ‘Invasion Junk’ ink on paper, 2018
‘Black Artery’, bir mahlastan ziyade sanat projelerine verdiği genel bir isim. Siyah’ın tutkunun rengi olduğunu, Atardamar’ın ise ruhumuz ve karanlığımız arasındaki organik bağ olduğunu dile getiriyor,gotik bir kız olduğuna dikkat çekiyor ve ekliyor:
Üç sene boyunca Georges Méliés’de 3D çizgi film okudum, ancak sonunda bölümümü değiştirdim ve pasta şefi oldum. Birkaç sene boyunca pek bir şey çizmedim ancak ardından yarı-zamanlı çalışmaya ve tekrardan sadece kendi zevkime göre sanat yapmaya karar verdim. Ünlü olmak, zenginlik ve pahalı şaraplar içinde boğulmak hiçbir zaman umrumda olmadı. Sadece çizmek istiyorum, bazen de yayınlanmak ve eğer mümkünse bir yerlerde sergilenmek. İşimi (şu anda barista olarak çalışıyorum) seviyorum ve sanat için bu işi bırakmak niyetinde değilim. Ayrıca bu iş benim insanlarla ve gerçeklikle bağlantı kurmamı da sağlıyor. Biraz utangaç olduğum için sosyalleşmeye ihtiyacım var.
Marine Perraudin ‘Vestige’ ink on paper, 2018
‘Black Artery’ is more the name of her global project than a pseudonym. She says: “Black is the color of passion and Artery, the organic link between our darkness and souls.”
she also points out that she is a gothic girl and adds:
“I studied 3D cartoon motion at Georges Méliés school for three years but finally I changed and became a pastry chef . I couldn’t draw seriously for a few years then I decided to work partially and make art again for my own pleasure. I don’t want to be famous and drowning in money and expensive wines. I just want to draw, be published in somewheres and exhibit my works where they’re possible. I really like my job (as a barista now) and I don’t want to quit everything for art (also… I have bills to pay huhu!). This job helps me to stay connecting with people and reality. I need social stuff because I’m very shy.”
Marine Perraudin ‘Alien 002’ ink on paper, 2018
Sanatıma gelirsek, soyut çizgi romanlar, ezoterizm ve düşler arasında gidip geliyorum. Tam olarak nasıl tanımlayacağımı da bilmiyorum. İnsanların beni çizimlerim aracılığıyla görmelerini; kendilerini bu organik, düşsel manzaralarda kaybetmelerini ve yeniden bulmalarını istiyorum. Benim için çizmek açıklanamaz bir şeyin cevabı. Birileri sanatımı ‘hissettiğinde’ gerçekten mutlu oluyorum. Ortak bir gerçekliği paylaşıyoruz ve bu harika bir şey.
Mitoloji, Simya, Anatomi, Doğa ve İnsan Zihni’nin başlıca ilham kaynaklarım olduğunu söyleyebilirim.
Gençken Stéphane Blanquet’in sanatını keşfettim ve aklımı başımdan aldı; bana gerçekten ilham verdi. Bir şeyleri algılamamda yardımcı olmasının yanı sıra kağıt üzerindeki hislerimde de belirleyici oldu. Zihnimi besleyen diğer sanatçılardan bazıları ise Moebius, Druillet, John Martin, Gustave Doré ve William Blake. Son zamanlarda Kilian Eng ve Denis Forkas’ı da bu listeye ekleyebilirim.
Marine Perraudin ‘Alien’ ink on paper, 2018
About my art, I think it swims between abstract comics, visions, esoterism and dreams… I don’t really know how to define it. I want people to see me with my drawings and also I want them to project themself in my organic, fluffy googly landscapes. For me, drawing is an answer to something we can’t explain. I’m so glad when someone « feel » with my art. We’re sharing a sort of reality. It’s a sort of connection and It’s wonderful!
Mythology, Alchemy, Anatomy, Nature, Human mind are my main sources of inspiration usually. I discovered Stéphane Blanquet’s art when I was younger and it completely blew my mind. He influenced me a lot. He was like, an answer to my perception of things and it helps me a lot to be more specific about my feelings on the paper.
Others great artists feed my brain like Moebius, Druillet, John Martin, Gustave Doré or William Blake and so many more. Recently Kilian Eng and Denis Forkas bring their own stones to my creativity .
Sergiler / Exhibitions
Journée Internationale de la gravure, 2017 Cantada Bar, Solo Show « Black Artery » 2017 Bar Planéte Mars, soirée de lancement festival Bdciné, duo show « Noyade Nocturne »2018 Solo Show, « Météore », à l’Openbach, 2018 Print is Bach, prints market, collective, galerie de l’Openbach, 2018 Marché des Créateurs, galerie de l’Openbach, collective, 2018
Yayınlar ve fanzinler / Books & zines…
Le Bateau « Cuir », 2017 Dead Panini Cards numero 97, pack 9, 2017 Banzai- Horror, Mad Série, 2017 Mélancolie Musculaire zine, auto édition, 2017 Peau, Croûte et zone humide, Chambre pâle n°4, 2018 Le Bateau « Vices », 2018 Apocalypse, Karbone Collective, 2018
detail: Marine Perraudin ‘Vestige’ ink on paper, 2018