Le Plaisir, Ou La Question Centrale

dessin : Nils Bertho

Purquoi est-iel si difficile d’aborder la question du porno ? Tant de personnes concer­nées qu’il paraît absurde de taire ce sujet. Pourtant, beaucoup d’autres problématiques dans le registre des luttes sociales semblent plus faciles à aborder, à clamer, voire à dénoncer. Mais le porno fait rougir, il met mal à l’aise. Pourquoi cette gêne ? Viendrait-elle du simple fait qu’on culpabilise de prendre du plaisir ? Souvent seule, parfois à plusieurs, en contemplant ces images qui nous font frétiller comme peu d’autres le peuvent. D me paraît juste, alors, d’associer le porno à cette prise de plaisir en solitaire (ou accompagné.e).

La Masturbation

Masturbation évidente et revendiquée chez les hommes cis-genres. plus taboue voire complètement tue pour tou.x les autres.

Masturbation pour le plaisir, mais plaisir honteux.

Une question est alors centrale : comment est-il encore possible de pouvoir prendre du plaisir en se masturbant sur du contenu qui ne représente en rien qui nous sommes, ni même ce que nous véhiculons dans nos sphères publiques ? Et donc, d’une certaine manière, notre plaisir est-il encore abordable ?

Je repense à toutes les fois où, avant de connaître l’existence des pornos alternatifs, féministes et bienveillants, à l’âge où le porno se vêt du rôle de guide sexuel, j’ai été déçue, seule devant mon écran, à choisir des vidéos peu glorieuses par dépit. A tous ces visionnages qui ne m’ont pas ouverte sur le champ des possibles, qui ne m’ont pas montré des modèles de sexualités variés, d’orientations diverses auxquelles j’aurais pu m’identifier mais qui au contraire, de par leur monotonie et leurs stigmates, ont tenté de me formater aux pra­tiques consensuelles d’une culture hétéro-patriarcale blanche comme neige.

Par ailleurs, il est un phénomène de production d’images diminuant toujours plus la frontière entre érotisme et pornographie. Une projection/captation photographique de vulve ou de pénis n’est souvent plus pornographique, à la limite de l’érotisme, aux grands bienfaits de l’émancipation des corps et des représentations et expressions de genre, bien entendu.

dessin : Nils Bertho

Alors nous cherchons d’autres moyens, puisque la sexualisation des corps a aussi pris d’assaut toute notre culture de l’image. On tombe dans le trash, l’hy­per violent, cette culture du viol perpétuelle qui fait en sorte que nos yeux y soient habitués et en redemandent toujours plus, errant d’images en images, de scènes en scènes d’une rudesse comparable à un Salô ou les 120 journées de Sodome sauce 2020 pour combler cette avarice de douceur et de romantisme.

Est-ce alors ça, une pornographie alternative ? La conséquence de tout ce ramassis de hardcore qui nous fait saigner la cornée rien que d’y penser ? Son enjeu principal serait-il de recouvrer une douceur initiale et redécouvrir les plaisirs d’un coït sans violence ? Ou est-ce justement de ramener de la réalité à ce que l’on a toujours considéré comme de la fiction pour se déculpabiliser, par exemple, d’un fantasme du viol couvé par cette culture ultra violente, mais d’une manière déjouée et peut-être plus subtile ?

En intégrant de l’art à la pornographie, nous entrons dans ce type de contenus que l’on devrait appeler post-pont, et c’est peut-être ainsi que ce texte aurait dû commencer, mais c’est là où nous en arrivons après ces cheminements de pen­sées balbutiants. Le post-porn, c’est très certainement Annie Sprinkle qui nous l’introduit en 1990 avec ses performances The public cervix announcment qui avaient pour but de « démystifier le corps féminin » et d’amorcer une scission entre sphère publique et sphère privée des sexualités, en invitant le public à venir ausculter l’intérieur du vagin de l’artiste à l’aide d’un spéculum (événement avec lesquels Rachele Borghi nous introduit son éminent article « Post-porn » en accès libre à la fin de ce fanzine, que je vous invite chaleu­reusement à dévorer).

Le post-porn nous permet de nous réapproprier nos corps et nos images, afin de transformer nos sexualités en des actions non plus privées mais publiques et politiques et d’en parler librement, sans tabou, sans honte ni gêne et surtout avec beaucoup de paillettes et d’amour.

Pour une pornographie émancipée, qui nous veut du bien et nous fait du bien !

Dafno Distraite, Dans ta gueule fanzine #02, Juin 2020

Dans ta gueule est une publication collaborative rassemblant divers formes de participations autour des thème liés aux violences intégrées, organisant des évènements visant à créer du lien social .

contact : dtgfanzine@protonmail.com

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